"Impossible" n'est pas français !
| DESIGN - Section Créations et Publications - Désign-Créations par Olivier Gaurin |
Petit inventaire à la Prévert ici, et dans le désordre joyeux le plus complet je dois le dire, de quelques créations personnelles de l'époque où j'étais designer/créateur ou réalisateur.
Je n'ai mis ici que des pièces que j'ai particulièrement aimé réaliser, ou difficiles, ou même les pièces que j'aime ensuite vraiment encore aujourd'hui contempler.
J'ai d'ailleurs gardé la plupart d'entre elles.
Pour commencer ce très bel exemplaire d'un objet précieux. Car il met en valeur la dame qui le porte. Il s'agit de mon ami Orphée bien sûr. Cocteau aurait aimé. Et donc il s'agit d'une broche de poitrine. L'accessoire en semi-bas-relief est léger car en feuille de métal. Cet ornement se fixe directement à sa base sur le bustier.
Mesdemoiselles, Messieurs, je vous laisse à votre ravissement...
Le croquis initial :

La pièce seule : Ici elle est juste posée au sol (elle est en métal doré : le métal est découpé, puis martelé et façonné très légèrement en semi-volume. Il y a ensuite un polissage à la main, avant de procéder à une dorure par électrolyse. En or, et d'une pièce, on peut faire aussi... (:-D) ) :

Et enfin : La voici, cette broche d'apparat, portée par une jolie femme de surcroît : un bonheur pour un créateur de voir son œuvre si bien mise en valeur :

Ici une broche en argent et ivoire : C'est un chat caché auparavant par un vieux tronc, et qui sort d'une lucarne de muraille.
J'aime beaucoup cette petite sculpture à la fois un peu sauvage et stylisée (la photo en noir et blanc ne supprime rien de son charme, car effectivement elle est monochrome pratiquement) : un ravissement de l'œil discret et classieux :

... encore un félin, mais cette fois en position du sphinx, et accolé à un minuscule canif Victorinox (il y eut toute une série comme cela, avec différents animaux, je n'en ai gardé aucun, malheureusement) :

Une broche en étoile ici. Oui, mais... avez-vous deviné, elle est faites de quoi ?
Non ?
Allez... !
Bien, alors je vous livre le secret de cette broche pas ordinaire : Elle n'est constituée que de... que de Tours Eiffel !
Si, si, regardez bien : il y en a 8, et toutes sont têtes bêches (au départ une pierre rectangulaire devait être posée au milieu, mais je n'ai jamais trouvé la bonne taille !) :

L'exquise apparition couleur café : Plaisir des yeux s'entend (ébenne taillé dans la masse).
Cette fois, c'est Serge Gainsbourg aurait aimé... :

Petite études sur des styles de danceurs (Ébenne en haut, et résine de marbre dorée en bas). Hommage à Bejard :

... du plus monumental ici : un Griffon majestueux (plâtre patiné à l'ancienne. taille : à peu près 60 cm de hauteur. Il y en eut deux semblable d'effectués) :

Une sculpture minimaliste ici représentant un Torso Romain (résine de marbre colorée et moulée dans la masse) :

"Des René LALIQUE ou RIEN !"
Ou carrément : "IMPOSSIBLE N'EST PAS FRANÇAIS"
Et là, oui, on arrive sur une sorte... une sorte d'apothéose de "L'impossible n'est pas français" : C'est ci-dessous la "Suzanne", de Lalique. effectivement, et vous l'avez bien reconnu.
Seulement et en l'occurence, cette Suzanne là, il y en avait cinq, elles mesuraient chacune plus de deux mètres de haut (l'originale de Lalique fait à peu près 50 cm de hauteur), pesaient quelques centaines de kilos chacune, et ont été transportés comme des trésors nationaux de France jusqu'au Japon, car elles étaient monumentale et elles aussi... en verre plein !
HISTORIQUE :
C'était encore une commande ici de l'architecte Watanabe Akira (voir mon article sur le heurtoir en forme de chouette sur ce site). C'était une commande complètement folle. Pensez : il fallait réaliser des copies de la célèbre petite statuette "Suzane" de Lalique, en version gigantesque, mais dans la même matière, à cinq exemplaires, et en moins d'un an !
Cela ne vous dit rien ?
Alors je vous explique : Personne au monde ne peut mouler de telles pièces si gigantesques car le four exigé serait lui aussi et à proportion totalement gigantesque, et mobilisé pendant de très long mois pour le refroidissement graduel du verre moulé. Or nous n'avions qu'un an pour faire fabriquer ces 5 pièces (le projet avait été accepté par le client de Watanabe !) et le cahier des charge disait : "EN VERRE !".
Or, on en était rapidement rendu au point mort : Après de nombreuses réflexions, contacts et tentatives sans succès aucun auprès des plus grands verriers du monde entier (Lalique, Dôme, etc.), j'ai finalement pensé qu'il était peut-être posssible de faire réaliser ces pièces... en scultant d'épaisses plaques de verre avec... non pas un diamant, non, mais une... sableuse.
Lorsque j'ai émis cette idée, personne ne m'a pris au sérieux au début. C'est tout juste si on ne m'a pas traité de fou, et rigolé au nez. Mais comme personne n'avait d'autre solution et que le temps avançait, que j'avais foi en mon idée et que j'étais têtu, on m'a quand même confié le projet. Ou du moins on m'a demandé déjà de prouver sa faisabilité.
LA RENCONTRE :
Re-contacts : à droite à gauche, sourires embarassés et rires gênés à foison... Un seul homme à eu le cran et y a cru, ou du moins a dit : "Oui, on peut essayer, c'est sûr, mais ça va vous coûter bombon !" : Guillaume Saalburg en France, dont c'était le métier (Guillaume Saalburg : photo ci-contre. C'est son atelier par exemple qui façonna les pièces de verre immenses et nombreuses du grand dôme de la FNAC des Ternes à Paris).
Je me lançai donc en aveugle à l'aventure avec Guillaume, entraînant par là même mon architecte Watanabe et mes commanditaires : Guillaume, un homme fascinant ; un professeur Nimbus du verre artistique ; le véritable passionné du verre sous toutes ses formes.
Or les Guillaume que j'ai connu ou connaît, en général, c'est intelligent, ça a du cran, ça fonce, et ça positive sous toutes les formes possible et imaginable. Et vu les conditions de réalisation qui n'étaient vraiment pas facile, il en fallait de ce cran et de toute ces qualités là...
Aujourd'hui encore : Merci Guillaume ! Parce que... oui, voilà le résultat quand même :

MAKING OFF :
- Pour commencer je me suis déplacé à Paris pour faire des photos de modèles en chair et en os (petite photo de droite ci-dessous).
- Ensuite on a fait des essais sur des morceaux de verre pour voir comment arriver à réaliser des volumes en verre qui ressemblent à quelque chose de volontaire au niveau des formes. Et là on s'est aperçu que ça ne fonctionnait pas bien du tout. en effet, on peut facilement graver à la sableuse (une sorte de lance à incendie qui lance du sable à haute pression dans une cabine étanche). Mais il est quasiment impossible de contrôler avec cet engin la sculpture du verre par elle-même dans du volume. De plus, chose curieuse, on s'aperçut rapidement que le verre, comme matière ne semblait pas homogène dans sa dureté. On essaya diverses méthode, avec diverses buses, diverses pression, divers angles, divers... on cassa pas mal de matériel... sans résultat (deuxième photo en partant de la droite ci-dessous, puis les suivantes. On peut voir l'artisan sableur est revêtu d'un véritable scaphandre, le protégeant du sable : il ne voit pratiquement rien à ce qu'il fait le pauvre !). D'après Guillaume il était impossible de parvenir à un résultat correct.
- Mais ce n'était pas connaître Olivier : les choses étaient engagées et il fallait maintenant aller jusqu'au bout, c'est-à-dire : RÉUSSIR" ! On se remit donc à étudier le problème à zéro, et voir surtout s'il n'y avait pas un autre moyen d'utiliser la sableuse. Finalement on décida d'employer une autre méthode, beaucoup plus longue mais plus facilement contrôlable : utiliser des caches devant le jet de sable, et sabler par touches, pour canaliser au mieux le flux abrasif. De plus j'améliorais le dessin en partant sur cette nouvelle base de travail. Me rappelant les dessins des dessinateurs de bande dessinées belges, je tablais sur un dessin proche de la ligne claire, simplifiant au maximum les détail pour ne garder que des lignes essentielles. Et là, effectivement, ça commença à donner des résultats de plus en plus acceptables. Peaufinant la méthode, on trouva un juste équilibre entre un modelé correct et des volumes à peu près convenables : quelque chose qui ressemblait enfin à ce qu'on voulait : "Une femme belle, transparente et légère, un peu comme une statue d''eau".
- Après plusieurs petits modèles d'essais plutôts réussi, j'obtins de mes commanditaires japonais le feu vert pour lancer l'opération en grande envergure. Et c'est ainsi que les premiers fonds financiers furent débloqués pour commencer la production. Le risque était énorme car ni Guillaume ni moi ne savions si nous allions réussir à transposer nos essais à petite échelle sur des pièces de quelques dizaines de centimètre... vers des pièces de plusieurs mètres ! Mais Guillaume, rassuré, commanda enfin le verre chez St-Gobain. Le verre... ? C'était des dales de verre feuilleté de deux mètres sur deux mètres et d'une épaisseur de 15 cm environ. Chacune pesait six cents kilos si je me souviens bien. C'était d'ailleurs la plus grande épaisseur qu'il était possible de commander alors (en fait : un assemblage collé de trois feuilles de verre).
- Les plaques de verre arrivèrent à Paris un mois plus tard. Et nous commençâmes, enfin Guillaume commença par faire les découpes de la silhouette dans les plaques de verre. C'était déjà pas simple. Sa hantise était qu'une plaque se fêle ou se brise pendant cette opération. Mais rien n'arriva de la sorte. Puis il se mit à sabler. Il y alla d'abord doucement au début. Puis devant les résultats un peu décevant, nous décidâme d'y allez franchement. Il était si difficile de donner un sesn de bas-reief à ces plaques de verre qu'il faillit abandonner plusieurs fois. Mais on tint bon, lui... et moi aussi. Nos commanditaires également mais je ne les ai pas vraiment tenu au courant de tous nos nombreux problèmes. Et enfin la première pièce, un mois plus tard, fut terminée. Il n'y avait rien à dire : dans ces conditions épouvantables de sablage, il était difficile de vouloir faire mieux sans atteindre à l'âme même des plaques, ou à l'idée même d'un Lalique un tant soit peu ressemblant. On décida donc que les autres pièces seraient effectuées de la même façon, sans chercher à faire mieux. D'ailleurs nous n'avions plus de temps. Et Guillaume n'était même pas certain de pouvoir finir les cinq statues avant le délai fixé (nous avions un plan B : livrer et poser les statues en décalage dans le temps dans le restaurant au besoin, même après son ouverture).
- A Japon, les cinq statues de verre furent transportées avec les plus grands soins par bateau. Avec Guillaume, il avait été prévu par mesure de sécurité de monter chaque statue sur un lourd bâti d'acier. Chaque bâti pesait pratiquement le poids de chaque statue, ce qui donnait bien plus de la tonne et demie pour chaque statue. Deux d'entre celles-ci arrivèrent quand même fêlée à la base. Ce n'était certainement pas à cause d'un choc physique, mais plus vraisemblablement à cause d'un choc thermique pendant la traversée. Heureusement, une fois posées, cela ne se voyait pratiquement pas. De plus, tout cela était assuré.

Watanabe avait bien préparé, lui, les choses au Japon.
Et lorsque les dalles de verre sculptées arrivèrent, nous n'eumes qu'à les poser dans leurs emplacements respectifs.
L'ensemble était prodigieux sous les lumières. L'effet de presse fut retentissant (voir dossier de presse sur mon site).
Jugez par vous-même :

Plus d'un an de travail donc pour ces pièces monumentales. Des casse-têtes techniques à ne plus savoir où donner de la ciboule, des sueurs froides par moment, de la rage et des inquiétudes. Mais finalement mon obstination me rendit au centuple les efforts fournis : Personne au monde n'avait jamais jusqu'à présent réussi à faire ce genre d'exploit !

Alors ?
Alors, Architectes, Décorateurs, Décideurs d'Entreprises : Si ce type de projet vous intéresse, n'hésitez pas à me contacter (contact possible par ce site). Merci.
Olivier

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Commentaires
Claire
Que sont devenues ces pièces monumentales si le restaurant n'existe plus ?
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