Histoire de l’Aïkido (Première Partie)
| "Bu" - La Section Arts Martiaux - Aïki-Do |
L'Histoire de l'Aïkido de ses lointaines origines à nos jours :
L’Aïkido a été composé au 20ième siècle, au Japon, par l’expert Morihei Ueshiba (1890-1969), à partir du contact qu’il eut avec de nombreuses sources éclectiques, principalement japonaises.
C’est par les rencontres exceptionnelles que fit cet expert tout au long de sa vie, avec d’autres experts d’arts martiaux, ou avec des individualités exceptionnelles dans d’autres domaines, et grâce à sa personnalité hors du commun, ses talents et son génie de la synthèse aussi, que s’élabora peu à peu cet art martial du XX° siècle.
On peut dire je crois que les sources historiques de l’Aïkido, au niveau de la vie de son fondateur, peuvent se partager en deux types principaux : les sources ou influences d’origines purement techniques (techniques ancestrales ou martiales), et les sources ou influences d’origines culturelles (religion, sciences, ésotérisme, philosophies, arts, etc.).
Ainsi, et suivant ce schéma, parmi les sources d’origines techniques, on peut citer :

Sokaku Takeda
- Celle avec l’expert de Daito-Ryu Sokaku Takeda (1859-1943), situé bien entendu ici en première place d’importance. Le maître Sokaku Takeda, personnage complètement anachronique, sans doute l’un des derniers grands samouraïs de l’époque moderne, en effet lui enseigna avant la guerre du Pacifique le fondement et l’essence (j’y reviendrai) des techniques martiales de Aïki-Jujutsu ancien nommé Daito-Ryu. De ce répertoire fondamental sont tirés à la base toutes les techniques actuelles d’aïkido et son esprit martial (sans oublier indirectement et historiquement parlant l’école de sabre Ono-Ha qui était enseigné originellement avec les techniques de Daito-Ryu).

Démonstration exhibition de combat anciens
devant le château d'Osaka (2009)
- En deçà de cet apprentissage, directement ou indirectement, Morihei Ueshiba a également étudié les techniques d’armes des écoles japonaises : Tenjin Shin'yo-Ryu Jujustu, Goto-Ha Yagyu Shingan-Ryu, Kashima Shinto-Ryu (Ken-jutsu mais aussi Taï-jutsu, jo, yari, etc.). On sait par exemple qu’à partir de 1937, M. Ueshiba avait invité trois enseignants de haut niveau à donner des cours de cette école dans son propre Kobukan Dojo à Tokyo. Il a sans doute également approché de près l’école de Yagyu Shinkage-ryu (en escrime, puisqu’on sait que l’un de ses élèves au moins dans les années vingt et trente était un grand expert de cette école : Senseï Kosaburo Gejo).
- - On peut, je pense, sans se voiler la face aucunement et même avec un grand respect, rajouter ici comme influence certaine les techniques de Pa-Koua chinoise (période Mandchou du fondateur, où il prit d’ailleurs un nom chinois : Wang-Shou-Kao) : Bien qu’on ne sache plus exactement aujourd’hui la qualité historique et technique précise de cette influence, des sources proches du fondateur ont raconté qu’à son retour de Mandchouri sa pratique avait changé, incluant des notions comme celle de la spirale ou celle du cercle dans son travail technique, ou dans ses déplacements lors des mouvements, différentiant partiellement son style alors du Daïto-Ryu originel de son maître Takeda, style beaucoup plus « angulaire ».
- La source des techniques de purifications par Misogi ou : « misogi no gyo ». Cette rencontre est celle qui eut lieu avec Kenzo Futaki, qui était Docteur en Médecine et fut l’un des étudiants d’avant-guerre de Morihei Ueshiba. Il fonda l’Association de Développement du Misogi (misogi = méthode de purification du corps et de l’esprit, traditionnelle et purement japonaise). Cette méthode découlait directement des enseignements du philosophe Bonji Kawatsura (1962-1929), qui fut le premier à formaliser et répertorier les pratiques japonaises ancestrales du Misogi. C’est vraisemblablement le même Kenzo Futaki qui enseigna à Morihei Ueshiba les techniques de purification d’origines shintoïstes (les Shin-Kokyu, comme les mouvements de Tori-fune-kogi-undo etTohe Furitama, encore souvent pratiqués aujourd’hui en début de cours d’aïkido, sont issus de cette source importante de l’art).
- Les techniques de purification par « Kotodama » (la doctrine « de la parole vivante » (d’après Ômoto, pamphlet de 1927, des éditions Ômoto) héritées de Ômoto-Kyo (« l’aïkido a été créé selon les principes du kototama »). Il s’agit là d’une mise en phonème vocalique du monde sensible par des récitations à voix haute de sons fondamentaux (A-E-I-O-U). Souvent associées dans l’imagerie populaire à des bondieuseries, ou à des prières, il s’agit en fait d’essayer de trouver des mises en phases fondamentales entre le monde du sensible et les vibrations de l’univers (cessez donc de sourire : exercez-vous plutôt à chanter sincèrement et dans le temps : « Au clair de la lune, etc. », par exemple, en faisant un mouvement de IRIMI-NAGE avec un partenaire, et vous pourrez commencer à comprendre l’intérêt de ce genre de recherche sur les phonèmes vocaliques en arts martiaux ou dans la vie courante).
- Les techniques de médecines ou de soins au corps, et les différents travaux sur le corps : influence ici du Seitaï Shidô de Haruchika Noguchi (1911-1976) par exemple ; ou à l’opposé et tout aussi paradoxal que cela puisse paraître : de la gymnastique militaire japonaise d’avant-guerre.
Les sources d’origines culturelles :
- Celle avec le biologiste et polymathe écologiste Kumagusu Minataka (photo dans la note ci-dessous, 1867-1941), qui lui apporta une perception humaine et écosystémique, unitaire et universaliste du monde. La notion d’écosystèmes interdépendants formant une unité du monde naturel, fut élaborée très tôt par le chercheur Kumagusu Minakata. Celui-ci a été l’un des premiers au monde à définir le monde biologique comme un écosystème* : un ensemble structurel systémique dont chaque « partie » serait en interaction permanente avec toute autre partie. Ce qui est à rapprocher de façon très étroite avec la vision qu’avait le fondateur du monde qui l’entourait puisque tout son œuvre est centré sur le placement humain au monde. il y a là un changement radical avec les pensées d'alors qui ne plaçaient pas l'Homme au sein de la nature mais la nature au service de l'Homme : en l'occurence le concept d'écosystème renvoyait alors, et renvoie encore aujourd'hui, à notre implication humaine, responsable, envers une nature "dont nous faisons partie". Cela signifie une "Responsabilité de nos actes" aussi et cette fois : directement sur notre environnement ;
|
Écosystème : "Ce nouveau regard, introduit par la science contemporaine, dévoile l'idée d'une interdépendance |
des phénomènes.Ainsi, l'écosystème se conçoit-il selon le microbiologiste Kumagusu Minakata : « comme un ensemble structurel au sein duquel le sol, l'eau et les diverses espèces végétales et animales,y compris les humains, vivent dans un état d'interdépendance mutuelle et évoluent selon un |
processus continu de transformation et de circulation. »
On le voit, la remise en question est fondamentale.Passer d'une vision qui privilégie la séparation et l'opposition à une vision qui intègre l'être dans un monde est un bouleversement radical dont les conséquences éthiques peuvent être considérables. " (Linda Stevens) |
- Les principes mystiques, pacifiques et universalistes de la religion japonaise Omoto-Kyo (branche du Shintoïsme animiste). Et particulièrement la relation mysthique privilégiée qu’a entretenue Morihei Ueshiba avec le révérend Onisaburo Deguchi (1871-1948). Cette rencontre exceptionnelle apporta à son art une approche spirituelle à caractère shintoïste et « cosmique » de haute envergure, paradoxalement liée également à la politique sociale de son temps, et aux arcanes du pouvoir politique japonais d’alors (les péripéties politiques de la secte Omoto-kyo ont alors échaudé M. Ueshiba qui ne dut son salut qu’à ses connexions politiques de haut niveau, entre autre au ministère de la guerre) ;
- L’influence indirecte du travail de modélisation sportive des arts martiaux japonais traditionnels de Jigoro Kano, fondateur du Judo : par volonté de copier chez lui son système vulgarisateur et pédagogique apparemment réussi et prospère, cette fois en transformant les techniques élitistes de self-défense d’Aïki-Jujutsu en : « techniques éducatives pour tous » (Morihei Ueshiba avait étudié le Judo dans sa jeunesse à Tanabe vers les années 1911, et resta en contact assez étroit avec le fondateur du Judo tout au long de sa vie).

Ueshiba Morihei
Ce sont donc ces influences diverses qui ont, entre autres, façonné la personnalité et la réflexion de Morihei Ueshiba. C’est cet ensemble qui forma de fait la « matière » à la construction de son art de l’Aïkido.
Puis, surtout après la guerre du Pacifique, lui-même transforma ou élagua en partie les techniques martiales et originelles de son maître Sokaku Takeda par rapport à ce vécu personnel : culturel, martial, mystique, vital, politique, pluriel, social et intense.
On peut comprendre aussi aujourd’hui qu’il ne délivra pas souvent ses sources, ni ses « tours », ce qui lui permit souvent de laisser jusqu’à la fin de sa vie les spectateurs de son travail le plus souvent pantois sur ses prouesses. D’ailleurs, à la fin de sa vie, la « technique » de Morihei Ueshiba formait un tout avec sa réflexion mystique de l’univers, et bien peu de ses élèves pouvaient même seulement aborder la profondeur de son enseignement, aux envolées trop souvent lyriques, et au vocabulaire passablement hermétique.
À son décès en 1969, et devant le vide laissé par sa mort, ses descendants ainsi qu’une majorité de ses anciens élèves prirent le parti de normaliser de façon catégorique l’aïkido en fonction de critères pragmatiques, pédagogiques et vulgarisateurs.
D’autres élèves prirent d’autres directions d’enseignement et se séparèrent de la branche familiale Ueshiba (Aïkikaï de Tokyo) pour former des courants personnels d’aïkido. Ils eurent alors l’obligation « fortement appuyée » de changer l’appellation de leur enseignement, chose qui se fait couramment au Japon (dans les Ko-Ryu par exemple).
Essai de génèse historique succincte de l’Aïkido
Avertissement :
Tout essai de recherche historique sur le sujet de l’aïkido se heurte à bien des entraves : manque de documents ou difficulté d’approche de ceux-ci, éparpillement des références historiques, confusions ou directivisme des témoignages, culture japonaise assez complexe à déchiffrer, langue non moins difficile sinon complètement hermétique au profane, difficulté de certification des faits, etc. Pourtant, autant que possible, j’ai voulu ici recadrer l’histoire de l’aïkido dans la perspective d’un contexte historique plus général qu’il ne se fait habituellement.
L’histoire officielle en effet limite la généalogie de l’aïkido à la période du 20ième siècle et à la vie de Morihei Ueshiba, ce que je ne pense pas très logique ni surtout pas très entreprenant, surtout si l’on sait en plus que ses successeurs ont volontairement abandonné les valeurs principales que le fondateur de l’Aïkido mettait en avant dans l’élaboration de son art, et que lui-même a trop souvent éludé les causes, les tenants et les aboutissants de sa propre expérimentation, voir de son propre enseignement.
Beaucoup de points restent donc sujets à caution dans cette entreprise de reconstruction historique qui voudrait davantage regarder derrière le « paravent » bien commode de la vie d’Ô Senseï racontée par les stéréotypes, ou des images d’Épinal. Et je vais ici faire tentative d’essai plutôt qu’étalage de certitudes, essayant surtout de regrouper et de croiser les informations actuellement disponibles dans un panorama événementiel cohérent, même s’il ne sera pas toujours « certifié ».
Merci de votre compréhension, de votre intelligence, et de votre indulgence à comprendre ce manque parfois de précision ou ces « flous », manque de précision inhérent également à la condition de « résumé » imposée par le cadre de cet article.
Je répète enfin en ce point que cet essai sera actualisé au fil du temps en fonction des informations que je pourrai vérifier.
INTRODUCTION
L’aïkido est à l’origine ce qu’on nomme au Japon un Gendaï Budô, c’est-à-dire un art martial postérieur à l’ère Meiji (Gendaï Budô : « voie martiale contemporaine », post 1868, à la différence des Ko Ryu (Ko-Budo) ou encore Koden : « école ancienne », existante ou fondée entre 1192 et 1868). Cet art fut en effet fondé puis fixé dans ses grands principes du « DO » au Japon par l’expert en arts martiaux : Morihei Ueshiba (1883-1969). Cela se passait au siècle dernier, dans les années d’après guerre du Pacifique, c’est-à-dire après 1942-1945.

Ueshiba Kishomaru
Suite à son décès en 1969, son fils Kishomaru, ainsi que nombre de ses élèves directs ou indirects eurent la volonté très forte de synthétiser son œuvre qui était déjà définie sous le vocable de : « Aïkido », et de la « transplanter » en-deçà de ses racines historiquesK. Cette volonté s’arc-bouta farouchement sur un socle édifié en trois points fondamentaux :
- Sur un caractère moderne et novateur (antithèse d’un traditionalisme) ;
- Sur une pédagogie vulgarisatrice reine (vox populis rex) ;
- Sur une perspective de développement international.
Nous reviendrons cependant dans le cadre de cet exposé et dans quelques lignes sur ce pan contemporain de cet art martial (20ième siècle). Mais déjà, faisons un grand pas en arrière dans le temps, loin, très loin des aventures de ce fondateur dit : « moderne ». Car ce chef-d’œuvre de Morihei Ueshiba qu’on appelle « Aïkido » a déjà en lui-même une double extraction : historique et géographique.

Les caractères de "Shugyo" (l'étude)
L’Aïkido ne sort pas ainsi de « nulle part », d’un vide historique, ou seulement du génie martial de son « compositeur ». En effet, cet art a pour origine des sources techniques codifiées très précises et beaucoup plus anciennes : sources parfois devenues peu visibles dans leurs sens d’imbrication, c’est vrai, ou parfois au contraire dûment répertoriées.
LA PRÉHISTOIRE DES ARTS MARTIAUX
Pour les lecteurs qui n’auraient pas lu mon exposé sur cette période dans mon livre : « Mon mémento d’Aïkido », je reprends ici les grandes lignes de cette période antique :
On ne peut pas supposer que des arts martiaux, en tant qu’art de vaincre, j’entends ici, n’aient pas été édictés en « écoles » (au sens large) ou codifiés plus ou moins (secrètement le plus souvent) très tôt dans l’histoire de l’humanité. À partir du moment ou des groupes de combat, des bandes ou même des armées, mettaient en place des stratégies, des tactiques, avec une hiérarchie, et des moyens de combats organisés, même rudimentaires, ou des armements communs, à peu près normalisés, on peut croire avec une quasi-certitude que ces progrès de l’art du combat se développaient aussi au niveau d’un savoir technique mis en commun sur le combat et à des synergies de coordination/apprentissage, ce qui permettait une plus grande chance de vaincre pour une communauté, un individu, ou même un parti (Il en fut de même pour la chasse et ses secrets, et sans doute conjointement).
Pourtant, chose étonnante, il serait difficile de remonter, pour ce qui concerne des « écoles » ou « courant » d’arts martiaux en général, bien avant quelques millénaires avant Jésus-Christ (certains historiens parlent de 5 000 ans… Il faut mesure garder en ce point, puisqu’on atteint vite le niveau du manque de traces archéologiques concrètes).
De ce que l’on sait à ce jour, et pour ce qui concerne l’Europe, je précise ici, les premières traces assez parlantes et archéologiques de quelques styles martiaux codifiés montrent que des foyers méditerranéens et mésopotamiens* sont venus bonifier ou influencer fortement un large courant martial intercontinental, échangeur, ou colonisateur vers l’Est… jusqu’aux contreforts de l’Himalaya (Inde du nord, Chine, Tibet…). Et cette influence ne s’effectua pas rapidement mais à travers le temps des centaines, voir des milliers d’années. Ce qui eut une influence par la suite et un jour lointain jusqu’au Japon, nous allons le voir très brièvement.
* Jusqu’en Grèce antique bien entendu puisque les premières traces d’une civilisation grecque remontent à ce qu’on appelle son « époque archaïque » au 8ième/6ième siècle av. J.-C. ; ou en Égypte plus au sud dont la première période régnante (première dynastie vers 2900 av. J.C) marqua la naissance de trois millénaires d’avènements pharaoniques.
D’autres sources admises de ces arts et sciences très anciens du combat érigés en « écoles », existaient également au midi du continent (Sud de l’Inde par exemple). Les sources historiques laissent en effet penser qu’il n’y avait pas là d’influences continentales extérieures profondes, ce qui laisse à penser à une grande « autonomie » de réflexion et de développement en la matière. Ces autres sources très lointaines de l’aïkido se trouvent donc en Inde du Sud-Est (pays Tamil), et pour ce qui nous intéresse ici, sur la côte Malabar plus exactement. Extrait :
« La Côte Malabar (hé oui, le mot « malabar » nous vient de là) qui part du haut du Kérala, jusqu'au Cap Comorin, l'extrême pointe de l'Inde, a toujours été séparée du reste de l'Inde par les montages des Ghats occidentaux. C'est pourquoi très tôt, les habitants du Malabar furent-ils en contact avec d'autres peuples venus de la mer. On a retrouvé des traces de colonies phéniciennes ; des piliers de bois de teck en provenance des Indes furent découverts en Mésopotamie ; les Juifs du roi Salomon connaissaient les habitants de Malabar (le mot tamoul « tokai » (paon), est devenu tuki en hébreu) ; et de nombreux voyageurs romains et grecs, tel Pline l'Ancien, ont laissé des descriptions très précises de la côte Malabar. Vasco de Gama ne fit donc que « redécouvrir » un territoire que le monde ancien connaissait déjà depuis fort longtemps* ».
* Article paru chez « Jaïa Bharati », par François Gautier, qui est l’auteur également du formidable ouvrage : « Un Autre Regard sur l'Inde », chez Tricorne, 2001.
Sur cette côte malabar donc, des « écoles martiales », aux techniques très secrètes et à l’enseignement non moins réservé, émanaient en grande partie des arts martiaux réellement stupéfiants du Kalaripayat (littéralement : « le lieu d’échange des exercices », datant sans doute ~ 3000 ans avant J.-C.), et du Varma Kalaï (« l’art des points vitaux », datant, lui, sans doute ~ 2 500 ans avant J.-C.).

Kalaripayat
Cet art indien du Kalaripayat (ci-dessus) fut lui-même transmis d’Inde en Chine au VI° siècle de notre ère, dit l’histoire orale (à savoir que les partisans d’une sinité omnipotente pensent bien entendu cette transmission dans l’autre sens). Cette transmission eut comme vecteur le moine indien bouddhiste Da Mo Sardili qui enseigna aux moines chinois du temple chinois de Shaolin (Da Mo Sardili : « Bodhidarma » en sanscrit, « Bodaï Daruma » : C’est le très célèbre « Daruma » japonais). Et pour la petite histoire, ce qui n’est pas rien allez-vous me dire : c’est Da Mo Sardili également qui introduisit en Chine la célèbre doctrine bouddhique nommée : « Chan » (appelée « Dhyana » en Inde), et qui est aujourd'hui plus connue sous le nom de : « Bouddhisme Zen ». Et c’est là, croisement intéressant lié également au syncrétisme religieux japonais, la raison qui fait se chevaucher parfois les doctrines bouddhistes et l’Aïkido encore aujourd’hui (l’expression : « polir le miroir » par exemple, chère à feu Osawa Kisaburo Senseï (1911-1991), le père de Maître Osawa Hayato (1951-)) qui vient de ces préceptes bouddhiques).
Rappel : Par sa devise : « La pratique martiale est une prière du corps », ses connaissances et sa personnalité rare, Da Mo Sardili transforma profondément la vision religieuse, mais également martiale de ces moines guerriers de Shaolin, qui se tenaient déjà à l’époque et pour ce qui nous intéresse ici au « moyeu » géographique de deux grands courants d’arts martiaux : les techniques du nord de la Chine (techniques de combat éloigné : techniques longues de jambes), et les techniques du sud de la Chine (techniques de combat rapprochées : techniques courtes de mains). Da Mo Sardili apporta à ces courants chinois déjà bien en place non seulement « son » art, ou sans doute bien des facettes secrètes du Kalaripayat, mais également une profondeur et une vision spirituelle, nous l’avons vu. Point particulier ici : Da Mo Sardili apporta une étonnante profondeur physiologique à l’art l’orientant cette fois vers la santé et la puissance interne des combattants.

Les différentes routes de la soie
Vers l’an mille où nous nous rendons ensuite, soit quelques centaines d’années plus tard (et si l’on veut se plaire à explorer encore la flèche du temps), toujours pour ce qui concerne l’aïkido, c’est donc principalement de la Chine profonde avec ses techniques de Chen-Na, dite : « de luxations et de saisies », qu’on extrapola ou compléta très vraisemblablement les racines techniques japonaises du corps à corps qu’on nomma bien plus tard dans les îles du soleil levant : « l’Aïki-Jujutsu ». Ce qui signifie littéralement :
- La technique = JUTSU, ou « Jitsu » ;
- Douce = JÛ ou JU (Yawarakai) ;
- De l’énergie = KI ;
- De l’accord complétif « au sein de… » = AÏ.
LE TRANSIT CHINE - JAPON
Comment cela se passa-t-il ?
Nous n’oublierons pas ici de mentionner un passage évidemment toujours possible des connaissances martiales chinoises antiques depuis... les îles d’Okinawa (ancien royaume des Ryukyu), en transit direct vers les îles du Japon. Cependant, en ce qui concerne plus particulièrement les voies de l’aïki, il paraît évident aujourd’hui que cette transmission ne passa pas du tout par Okinawa.
Il est également important de mentionner ici une transmission plus que probable de certains éléments "culturels" et techniques martiaux par... la Corée (et bien que les tensions entre Japon et Corée au niveau historique récent laissent peu de latitude à en vérifier les quelques traces ou même à en parler). D'après David Constant, passionné pourtant par cette approche, ce canal de connaissance n'est pas à lésigner. Même si ici cela ne fait pas preuve, je le cite dans le message qu'il m'avait envoyé et que je trouve en ce point très pertinent : "...les découvertes archéologiques, les quelques documents historiques, des signes d'échanges commerciaux (chevaux, métaux, soie, ...) et d'autres indices comme la structure des langues des deux pays semblent indiquer de très nombreux échanges, ainsi que des migrations importantes (royaume de Buyeo, Gaya, Baekje, ...), ont eu lieu lors de la période dite de "Yamato". Des échanges bien plus intenses qu'avec la Chine avec laquelle des ambassades directes auront lieu plus tard.
Pour toutes ces raisons, il me semble raisonnable de penser qu'il en fut de même pour les techniques militaires. D'autant que des corps militaires bien formés existaient déjà dans les royaumes coréens de cette époque (Hwarang, Seonbi, ...). Le contenu martial stricto sensu (et à plus forte raison concernant la partie à mains nues) reste quant à lui tout à fait sujet à spéculations.
Enfin, vous citez Shinra Saburo Minamoto / Genji no Yoshimitsu (que je connais sous les noms de MINAMOTO no Yoshimitsu (源 義光) et SHINRA Saburô Yoshimitsu (新羅 三郞 義光). Je soumet à votre sagacité les Kanji de Shinra (Shilla) qui est un royaume coréen (-52;+668 de notre ère, voire jusqu'en 935 si on compte l'ère Tongil Shilla). Le pourquoi de ces kanji dans le nom de cet autochtone nippon ne cesse de m'interroger sur les relations qu'il pouvait avoir avec le continent.
Je n'ai pas de réponse (...), je pense que la Corée a eu une influence majeure sur le développement du Japon de l'époque du Yamato, jusque dans ses fondations militaires. Après cela, le Japon a su prendre son indépendance, militaire, culturelle, politique, ... Chacun des deux pays a suivi sa propre voie" (voir un court article très instructif de David à ce sujet : ICI).
Soulignons ce fait d'une transmission de base très probable par le canal coréen, en addition primaire, donc, à une transmission chinoise ultérieure plus "poussé" et venant donner un nouvel "appui" à la martialité proprement japonaise. Car cette transmission chinoise alors fut vraissemblablement plus intellectuelle, théorique, et surtout plus "lisible" à tous point de vues. En effet, elle était étroitement liée et à un haut niveau : aux orientations culturelles de la cour régnante japonaise de l’Empereur Seiwa (56ième du titre : 850-880) :
En effet, quelque 16000 rouleaux ou manuscrit chinois étaient déjà décryptés et étudiés scrupuleusement au Japon au 9ième siècle de notre ère (source : Nihon-koku genzaisho-mokuroku). C’est par l’intermédiaire de la famille d’érudits japonais Oe (spécialistes justement en lettres chinoises et hauts dignitaires de la cour japonaise) : entre autre Oe no Koretoki (10ième siècle), auteur de plusieurs recueils d’arts martiaux, que ces connaissances spécifiques furent introduites et archivées directement à la cour impériale du royaume nippon.
Plus tard et à sa suite, c’est son successeur Oe no Masafusa (ci-dessous), qui portait le titre de « conseiller moyen temporaire de l’Empereur », et qui était un grand spécialiste du Taoïsme chinois, qui poursuivit son œuvre. On sait d’ailleurs de sources sûres que la voie du Yin et du Yang chinoise (« on’yô-do » en japonais) a réellement fleuri très tôt au Japon : au cours du 9ième siècle, c’est-à-dire dans les années 800 de notre ère. Quand on sait qu’à l’époque les charges de fonctionnariat de la cour étaient très farouchement défendues et transmises de génération en génération, ainsi que leurs « secrets d’exploitation » gardés non moins précieusement, on comprend mieux la suite historique du développement de ces sources chinoises.

Oe no Masafusa (1041-1111), conseiller impérial,
étaient un érudit et un précepteur japonais célèbres
sous les empereurs de Shirakawa, de Horikawa,
et de Toba. Oe no Masafusa est surtout devenu
célèbre au Japon pour être l'auteur de
« l’ouvrage des célébrations annuelles » : le Gôke Shidaï.
Une autre source cite directement l’un des fils de l’Empereur Seiwa (celui-ci eut 19 enfants !) comme étant le co-inventeur ou découvreur, à la même époque et avec des sources également chinoises, de ce qui deviendra un jour « l’Aïki-jujutsu ». Mais je n’ai pas pu glaner beaucoup d’informations sur ce sujet. Il s’agirait du sixième fils de l’Empereur Seiwa, nommé le prince Teijun. Ce serait lui qui aurait transmis les principes Aïki aux générations suivantes, entre autre par l'intermédiaire de son propre fils : Tsunemoto Minamoto (894-961). C’est en ce point que l’Aïki aurait été lié de façon technique aux anciennes formes de Sumo autochtones réservés aux castes de samouraï, Sumo traditionnel appelé le : Tegoï.
Le texte fondateur japonais Shintô appelé Kojiki contient des références littéraires à cette forme de lutte, décrivant le combat du dieu Takeminakata et du dieu Takemikazuchi : « … Quand le dieu Takeminakata a saisi la main du dieu Takemikazuchi, sa main est devenue pareille à une colonne de glace, et de l'autre côté, l’autre main du dieu Takemikazuchi s’est changée en lame d'épée. Ainsi le dieu Takeminakata perdit tout espoir de vaincre. Alors à son tour le dieu Takemikazuchi a saisi la main du dieu Takeminakata, il l'a retenu comme si c'était juste un jeune roseau et l'a jeté au loin ».
Et c’est pour cette raison sans doute qu’il y eut toujours une très grande conivence entre les techniques de Sumo et les techniques d’Aïki, et ce jusqu’à des périodes très récentes. Il est dit même parfois que c’est le Tegoï lui-même qui était transmis sous l’appellation de « Aïki In no Yo no Hô » (« la méthode du Yin et du Yang de l’Aïki »), et ce jusqu’à la période dite : « de Kamakura » (1192-1333).
Photo : Takuma Hisa lorsqu'il était Sumotori
Mais plus tard et dans la même ligne impériale et continue du Japon ancien, liée de très près au taoïsme et à la culture chinoise, nous nous propulsons de deux siècles, dans les années du gouvernement des régents japonais du 11ième siècle de notre ère. Ces deux siècles précèdent en effet la montée des Genji* au pouvoir, lignages de princes devenus peu à peu guerriers, qui verra finalement l’avènement magistral du clan GENJI-Minamoto (et l’époque Kamakura).
* Le mot : « Genji » (période Heian (794-1185), est l’ancienne lecture chinoise de : « Minamoto » (lecture japonaise). Les « GENJI » étaient des patronymes attribués par les empereurs d’alors, authentifiant officiellement la lignée des princes écartés de la succession impériale (le « Genji », ou Prince Radieux du célèbre Roman-de-Genji : le « Genji-Monogatari », fut ainsi un fils de l'Empereur Kiritsubo, qui ne put prétendre au trône). On dit donc : « les Genji », bien que ce nom devînt aussi un nom propre, en l’occurrence celui des… des… ? Eh oui, bonne réponse : Celui des… Minamoto !

Danses sacrées japonaises Shintô
Et là, dans les îles du soleil levant, cette base déjà très complète au niveau technique se transformera et se croisera, se perfectionnera aussi avec les armements et les arts guerriers locaux en vigueur, du fait des luttes incessantes qui font alors rage entre factions ou entre fiefs.
L’INTÉGRATION
C’est ainsi qu’on peut affirmer que l’influence du sabre japonais (sa forme particulièrement différente des armes chinoises, ses qualités, son port et son usage surtout (les attitudes et protocoles de corps que celui-ci impose) ; ainsi que son corollaire : la confection et le port des armures dédiées), ou la façon d’expérimenter continuellement le combat individuel ou communautaire sur les champs de bataille en ces temps précurseurs du Japon des Bushi (des guerriers) par exemple, ont eu une influence elle-même déterminante et fondatrice dans l’appropriation et le « modelage » autochtone de ces propos techniques martiaux venus de Chine. Car, grâce à la montée en puissance de la classe de ces guerriers dans le pouvoir politique japonais d’alors, se sont dessinées par nécessité des spécialisations martiales devenant peu à peu, et réellement, et culturellement, et à haut niveau : japonaises (intégration).
Cette intégration nippone des techniques de combat continentales donna, au fil du temps et de son exploration pratique, naissances entre autres à ce qui fut appelé : l’art du In-Yo-Ho (ou In-no-yo-no-Ho). Dénomination littérale : « la loi d’utilisation des compléments Yin et Yang », qu’on pourrait traduire intellectuellement je pense par cette formule : « La voie de la force moins celle de la faiblesse est égale à zéro » (… parvenir à mettre en œuvre « zéro force » pour survivre) (lire aussi mon premier ouvrage : « Comprendre l’Aïkido, p 124 - 1ière édition, p 88 - 2° édition, chez Budo Éditions, France, pour les détails et la justification de cette interprétation).
L’art du In-Yo-Do fut en effet cité pour la première fois dans le traité martial japonais du « Bugei-Shoden », vers l’an mille. Et cet art essentiellement lié au TAOISME d’origine chinoise s’améliora sans cesse secrètement pendant plusieurs générations au sein de la famille du célèbre samouraï et chef du clan gouvernant : Shinra Saburo Minamoto / Genji no Yoshimitsu (1045 (ou 1056)-1127), 6ième descendant direct de l’Empereur Seiwa.
Quand Minamoto no Yoshimitsu vivait dans son enfance dans le château de Daito, dans le Ommi (préfecture actuelle de Yamanashi) et était appelé Saburo Daito. Minamoto no Yoshimitsu était (avec ses deux frères), un guerrier aguerri et un découvreur passionné de tactique et stratégie. Il a ainsi étudié des techniques militaires chinoises et a été formé dans le Dojo de Mikkio, près du temple d'Enjo. C’est devenu rapidement un lettré formé aux enseignements des classiques de la guerre chinois (les stratèges Sun-Tsu, Sun-bin et Wu-Tsu). Il était de plus entomologiste avant l’heure (on dit qu’il comprit le sens profond de l’In-no-Yo en observant et découvrant comment une araignée arrivait à capturer une proie beaucoup plus grosse qu’elle). Il était également un musicien confirmé (orgue à bouche vertical en bambou) ; un lutteur exceptionnel dans l’art hérité des Genji : le Tegoï (que nous retrouvons ici, certainement pas par hasard, qui donna je le rappelle le sumo d’aujourd’hui), et de plusieurs autres arts martiaux. De plus, il ne faut pas l’oublier ici car c’est de la plus haute importance en ce qui concerne l’histoire de notre art de l’aïki : les trois frères arpentaient souvent les champs après les batailles, et même les lieux d’exécution, avec la froideur scientifique de nos savants des lumières, afin de comprendre le fonctionnement intrinsèque et naturel du corps humain, et la façon surtout de pouvoir « manier », ou animer des corps.
REMARQUE : On imagine le pire ici, et on a sans doute raison : on peut supputer que les trois frères Minamoto devinrent de fait et rapidement des « mécanistes de la carcasse » accomplis. Pardon pour le terme, mais c’est exactement ça, je crois, justement. Et d’ailleurs se tient là le grand secret de fabrication, à partir sans doute des anciennes techniques chinoises du Chin-nah mélangées de Tegoï, le « creuset » tabou originel, à mon sens, de l’Aïki japonais.
On pourrait nommer cette véritable « science » plus prosaïquement : « l’animation du marionnettiste : à la manière de l’animation des pantins », toujours sans jeu de mot ici ou d’image déplacée, c’est-à-dire des spécialistes de la cinématique humaine, du « donner le mouvement » à une « charpenterie osseuse : hors muscles et forces ».
Car cette science, et c’est véritablement une science, n’est pas approchante non plus d’une anatomie médicale de description cause à effet musculaire, mais curieusement et davantage proche du travail d’un animateur de dessin animé en tracés « fil de fer », une sorte de… « pantographo-motricité » puisque fondamentalement osseuse (« pantographe » : ensemble animé de tiges reliées les unes aux autres). Morihei Ueshiba ne répétait-il pas : « L’Aïkido s’apprend avec ses os ! » : le secret de cette formule lapidaire se découvre ici et enfin dans sa splendeur froide et originelle. Minamoto no Yoshimitsu devinrent donc avec ses deux frères de grands mécanistes de la « pantographie » humaine, ce qu’on pourrait aussi et plus simplement encore appeler : des spécialistes de « la mécanique de l’homme-mort ». D’où cette loi de l’Aïki qui voudrait qu’on fasse passer les mouvements d’Aïkido sur les os et non sur les muscles, ce qui permet de comprendre un tas d’implications surprenantes et tout à fait originales par rapport à ce qu’on a l’habitude de penser (ne pas s’occuper de la chair, les principes en poulies, les principes en leviers, les principes de Kyusho, les principes de déséquilibres, ou les principes de mises en tensions, les principes techniques d’arcs-boutement, les principes techniques de connexions articulaires, les principes de propagation des forces, etc.).

Olivier Gaurin - Aïki-Nage
L’art composite résultant de ces croisements de savoir éclectiques mais très spécialisés fut compilé alors sous la dénomination de : « Takeda-no-Heiho ». Ce nom de Takeda vient en effet de l’installation de Minamoto Yoshikiyo, l’un des fils de Takeda Yoshimitsu, dans le lieu-dit de Takeda, dans la province de Kaï, du côté de la montagne Koma (aujourd’hui le département administratif de Yamanashi, partie Est de la région de Chubu, et département limitrophe à la mégapole de Tokyo par l'Ouest (ville chef-lieu de Kofu). C’était aux alentours des années 1150. Le clan prit dès lors le nom de Kaï-Takeda-Genji, ou clan : « KAÏ-TAKEDA », simplifié ensuite en : Takeda.
On cite encore parfois comme autre source de l’art du In-Yo-Do : « l’École du grand sabre » (Goto-Daito-Ryu), art fondé plus tard par Goto Tamanemon Tadayoshi (1644-1736) et qui fut une école martiale pluridisciplinaire du clan Aizu. Mais je n’ai pu recueillir que très peu d’informations sur ce personnage. Je suppose qu’il fut sans doute un maître d’arme célèbre de ce clan au 17ième siècle, maître qui développa plus loin encore l’art du Takeda-no-Heiho de cette époque, ce qui ne retirerait alors rien à ce que nous venons de voir, au contraire.
LA SÉPARATION
Pourtant, cet art guerrier et aristocratique du Takeda-no-Heiho devenu tout à fait original se scinda en 1573, à la mort du célèbre généralissime Takeda Shingen, héritier des Minamoto et donc lui aussi descendant en ligne directe de l’Empereur Seiwa (pour mémoire : Takeda Shingen fut à l’écran le héros du célèbre film de A. Kurosawa : « Kagemusha »).
L’art du Takeda-no-Heiho donna deux branches distinctes de l’art :
A) Première branche du Takeda-no-Heiho :
Les arts du TAKEDA-RYU, enseigné à l’élite du clan Kuroda et Matsudaira (ancienne province d’Échizen (Fukui/Kanazawa), centre du Japon, sur la côte de la mer du Japon, au Sud-Ouest côtier du Honshu). En effet, Takeda Nobutora, chef du clan Takeda et père de Shingen (mort la même année que Shingen) avait confié le « rouleau de Famille » (leur livret de famille en quelque sorte) à Takeda Nobutomo, son 9ième de ses fils, rouleau qui fut confié ensuite à Takeda Katsuchiyo. Or, celui-ci partit plus tard dans la province d’Echizen et transmit son savoir au clan Kuroda (d’après le « Nippon-Budo-Jitsen »). Il est à noter pour la petite histoire que le clan Kuroda était extrêmement lié aux Tokugawa d’un côté, et aux Toyotomi de l’autre : Kuroda Yoshitaka, aussi appelé Kuroda Kanbei, puis plus tard « Don Siméon » car il était chrétien, fut l’un des généraux fameux de Toyotomi Hideyoshi à l’époque. Or sachez qu’un certain Matsudaira Motoyasu, né Takechiyo, changea son nom avec l’aval de l’Empereur en 1566 pour devenir… le non moindre : Tokugawa Ieyasu. Et que l’une des cinq filles de Ieyasu : O-Roku-no-Kata, était née de la relation de Ieyasu avec dame Nagaharu, du clan… Kuroda ! D’ailleurs, afin de devenir plus facilement Shogun, ce dernier se déclara lui-même descendant direct des illustres Minamoto (donc descendant impérial des princes Genji), chose ce qui ne fut jamais prouvé. Ce qui n’empêcha pas son avènement au pouvoir en 1603 (après la bataille de Sekigahara) ; et de là le gouvernement sans partage des Shogun Tokugawa au Japon pendant plus de 250 ans, du moins dès l'élimination finale des Toyotomi lors de la chute de la citadelle d’Osaka, dernier bastion des provinces du Sud, en 1615 (vous pouvez lire sur ce sujet ma saga : « L’Épée Reine », qui retrace en épopée ce tournant historique passionnant pour le Japon, parue aux Éditions de l’Eveil, réédité en deux volumes sous les titres de « L’Épée Reine » (tome I) et de « La Colombe d’Osaka » (tome II) ;
B) Deuxième branche du Takeda-no-Heiho :
Les arts du DAÏTO-RYU (Dai-To-Ryu : L’École du Grand Est), appellation moderne ici, puisque ce dernier était nommé entre le 16ième et le 19ième siècle : l’art de « Oshiki-Uchi » : « l’art de défense de la cour », ou : « O-TOME-BUJUTSU » : « l’art guerrier propre au clan », ou aussi : « Ushiki-UChi-Ryu » : « l’école de l’intérieur du château » (les mots « cour » et « château » expliquent qu’ait été conservé la particularité du travail à genoux en Suwari-Waza dans les techniques Aïki. Ils prouvent par ces utilisations posturales l’origine nobiliaire et non populaire, de l’Aïki. Car ce sont les nobles qui avaient besoin de pouvoir neutraliser des adversaires dans des positions ou lors de déplacements à genoux (shiko) désarmés, officiellement imposées par un protocole strict, et non le peuple commun qui pouvait se suffire de techniques de lutte au sol (ne-waza)). On trouve également l’appellation : « Go-shikiNaï » (dont je n’ai pas la traduction. Peut-être est-ce une appellation venant des sanctuaires Shinto classés « Shikinai », ou lié au cérémoniel de la cour (Engishiki). Je n’ai pas non plus pour le moment d’explications valables quand aux raisons de ces différentes dénominations). Cet art ou ces versions de l’art furent enseignés aux élites du clan Aïzu. En effet la légende rapporte qu'après la défaite désastreuse des Takeda lors de la bataille de Nagashino en 1573 contre Oda Nobunaga et Tokugawa Ieyasu (la célèbre première bataille des sabres contre les mousquets), un membre survivant de la famille Takéda, Takéda Kunitsugu, se serait réfugié auprès du clan des Aizu. Et, fidèle à la lignée du grand Takeda Shingen, ce clan lui offrit un fief. En remerciement de quoi il enseigna à ce clan l’art secret en question. Ce serait là la raison de ce transfert de connaissance des Takeda aux Aizu. Or le clan Aizu était sous l'autorité du seigneur Hidetada, affilié lui aussi aux Tokugawa, dont la mère était née dans la famille Saigo. Ces derniers, vassaux des Aizu, bénéficièrent donc aussi de cet enseignement ; et obtinrent même le privilège d’avoir une sorte d’exclusivité et de devoir de transmission ensuite aux générations suivantes Aizu (c’est la raison pour laquelle, cette fois, on trouve également cette dénomination à l’art parfois : le « Saigo-Ha-Takeda-Ryu-Aiki-Bujutsu »). Les Shogun Tokugawa finirent par mander au Clan Aizu de former leurs gardes personnels à cet « art du combat secret des châteaux Takeda/Saïgo ». Et c’est ainsi que l’école de « l’intérieur du château » entra, avec l’école shogunale officielle de sabre du « Edo-Yagyu-Shin-Kage Ryu* », au panthéon des arts martiaux japonais par l’intermédiaire des précepteurs Saïgo Avec en corrélation, précisons-le ici car c’est très important et l’une des sources des mouvements de Daito-Ryu et donc finalement d’aïkido également, l’art du sabre qui lui fut lié dès les années 1650 : l’école Itto-ryu-Ono-ha (les katas actuels de Kendo par exemple descendent aussi de cette école, panachée avec celles de : Hokushin Itto Ryu, Shindo Musen Ryu, et Jiki Shin Kage Ryu. Actuellement le maître représentant de cette école se nomme : Sasamori senseï). En effet, depuis cette époque le Takeda-Ryu et l’école Ono-ha étaient enseignés toujours simultanément (Takeda Sokaku lui-même, dont nous reparlerons plus tard,
excellent escrimeur, finit par inclure lui aussi la pratique encore secrète de cette école de sabre dans sa divulgation du Daito-Ryu au cours du 20ième siècle, malgré les recommandations de son maître (son maître à penser sans doute) : Saigo Tanomo (photo ci-contre) qui avait voulu l’en dissuader).
* « Edo-Yagyu-Shin-Kage Ryu », ainsi dénommée pour la raison simple que le Shogun vivait à Edo et que cet art du sabre fut fondé par Yagyu Munenori (1571-1646, grand escrimeur et grand rival contemporain de Miyamoto Musashi).
Ces deux grands ancêtres techniques de l’aïkido (pour simplifier ici car ce n’est en vérité pas aussi simple que ça, vous commencez à le comprendre), furent codifiés à la base comme étant : « la technique Yin-Yang de l’unification ». Et même, pour mieux préciser les choses à nos esprits occidentaux peu à même de saisir bien le sens d’une telle formule, de : « la technique Yin-Yang de l’unification zéro », comme je le précisais.
Ce qui s’appelait en japonais le : « aïki-no-jutsu ». Cela malgré le fait que le mot « AÏKI », ou : « énergie de l’unification » (remplaçant le terme de : « Utilisation des compléments Yin et Yang ») viendra tel quel assez tardivement dans les lettres de l’Histoire japonaise, introduit sans doute par Takeda Takumi-No-Kami (dit également : Takeda Soemon (1758-1853), le propre grand père de Takeda Sokaku.
Et donc, ces techniques furent enseignées en cascade et très discrètement, à partir de la même source du célèbre Minamoto no Yoshimitsu précédemment cité, aux élites sociales respectives des clans héritiers, sous-jacents, ou alliés des Minamoto, puis plus tard : des instances shogunales.
Or, il est très important de savoir que l’aïkido d’aujourd’hui dérive directement de cette deuxième branche très élitiste socialement parlant, intrinsèquement liée au pouvoir japonais de la période Edo, la branche Minamoto / Takeda / Aizu / Saigo de « l’aïki-no-jutsu », dite précédemment : « Oshiki-Uchi ».
Voilà pour la naissance de l’art.
VERS L’AÏKI-JUJUTSU

Cet enseignement très particulier de « l’art de défense de la cour » se perpétra jusqu’à la dissolution de ce clan en 1868. En effet les Aizu, ralliés au Shogun Tokugawa, perdirent en cette date et à la décisive bataille de Shirakawaguchi la guerre des forces shogunales face à celles de l’Empereur Meiji. Pour son malheur, et celui de Aïki-J-jujutsu, le clan fut décimé, dissout, anéanti.
C’est par la suite de ces évènements, que l’art fut rebaptisé « Daito-Ryu ». Car autrefois Takeda Kunitsugu, un ancien descendant (Takeda) de Minamoto no Yoshimitsu (de cette branche « oshiki-uchi »), avait dû changer de nom suite à la déchéance, déjà, de son domaine (c’était en 1582, après, encore une fois, une bataille mémorable). Il se fit appeler alors : Hisanosuke Daito (du nom de l’endroit où il avait trouvé refuge, procédure de changement de nom courante dans l’ancien Japon). Et c’est ce nom de Sieur « Daito », qui fut repris pour nommer cet art de Aïki-Jujutsu à la fin du 19ième siècle par le célèbre… Sokaku Takeda (après l’avoir dénommé au commencement « l’école Yamato », dont le caractère calligraphique se lisait de la même façon que « Daito », et « ce qui n’eut jamais rien à voir, précisa Kishomaru Ueshiba un jour dans un interview à Aïki-journal* avec le concept politique réactionnaire de la « Daitô-a-Kyôeiken », ou : « sphère de co-prospérité de la Grande Asie orientale » que voulut mettre en place dans les années trente-quarante du 20ième siècle* le pouvoir militaire colonial japonais.
* Aïki-journal n° 79 de janvier 1989, et pour ceux d’entre vous qui sont férus d’histoire. Kishomaru Ueshiba parle là de la « Sphère de co-prospérité de la Grande Asie orientale », qui fut à peu près à la même époque, une idée émanant de l’ère Meiji et initiée avec une grande brutalité lors de l’ère Showa (1926-1945) pour créer un bloc autonome du « continent asiatique Est », dirigés et exploité par le Japon militarisé tout puissant, et dénonçant, comble du cynisme, la volonté de colonisation des pays occidentaux. On le nomma également : la Pan-Asia. Or, le résultat concret de cette entité politique fut le pillage systématique des pays occupés alors par le Japon (1940 : opération « Lys d'or », menées par les princes impériaux Yasuhito Chichibu et… Tsuneyoshi Takeda (1909-1992), cousin de l’Empereur Hiro Hito. Tsuneyoshi Takeda fut exonéré de poursuites criminelles après la guerre par les Américains en raison de son appartenance impériale, et… investi futur président du comité d'organisation des Jeux Olympiques d'été de 1964 à Tokyo, et d'hiver de 1972 à Sapporo (fumeux, non ?).
Voilà donc l’embrouillamini historique des clans et des sous-clans, etc., et les transmissions de maître à maîtres du « moyen-âge » japonais. Ce qui ressort de ce bref exposé, c’est que l’histoire de cette branche des arts martiaux en général, l’Aïki-jujutsu s’exprimant sur des centaines d’années, a permis une lente évolution et le mûrissement de l’art de la stratégie de cette forme de combat individuel spécifique baptisé tardivement « aïki ». Or, cette maturation donna en fin de compte, par la composition du génial Morihei Ueshiba : l’Aïkido tel qu’aujourd’hui : « on le reconnaît », à partir des techniques de l’Aïki ancestral, du moins tel que la plupart des pratiquants croient les connaître.
Mais revenons donc maintenant à l’époque précontemporaine de Sokaku, époque qui n’est pas forcément plus claire d’ailleurs :

Takeda Sokaku (Photographie Aïki-Journal)
Qui Était Takeda Sokaku ?
Sokaku Takeda est né dans la résidence des Takeda-Aizu à Oike dans l’actuelle région de Fukushima (sur la côte Pacifique, à 150 km à vol d’oiseau au Nord-Est de Tokyo) le 10 octobre 1860. C’était le deuxième fils de Sokichi Takeda, très célèbre lutteur de sumo du clan Aizu, élevé au rang d’Oseki (plus haut rang de sumo avant le rang ultime de « Yokozuna ») et célèbre guerrier à la force prodigieuse, s’étant distingué hautement dans les dernières batailles du clan Aizu (pro-Shogunal), lors de la restauration de Meiji.
Le père de Sokichi Takeda était Soemon Takeda, qui fut maître d’arme… chez les Saigo, et très lointain descendant des Takeda originels. D'après Kondo Senseï à Tokyo, c'est bien le père de Sokaku qui l'initia aux arts martiaux et à l'art du Daito-Ryu, sa mère également qui était Saïgo Tanomo ayant, lui le rôle d'un enseignant lettré des techniques de savoir-vivre "au château" (DENCHU-SAHO).
Extraits (et ici : interview complète de Kondo Sensei par le génial Léo Tamaki) :
"Kondo Katsuyuki :Takeda Sokaku est originaire du fief d'Aïzu où Saïgo Tanomo était karo (grand conseiller) et prêtre shinto. Il occupait une position du plus haut niveau. Ce que Takeda Sokaku a appris de lui c'est le denchu saho, l'étiquette à respecter à l'intérieur des châteaux. (...) En résumé tout les éléments de l'étiquettes indispensables à un samouraï. C'est cela que Takeda Sokaku a appris auprès de Saïgo Tanomo. (...). Cet enseignement, l'étiquette du château, portait le nom d'oshikiuchi (...). Il y a plusieurs façons d'écrire oshikiuchi. Dans le cas qui nous concerne il s'agit des caractères "shikii no naka" ("Naka" signifie : "intérieur"). Le shikii est la poutre qui sert de glissière au sol entre les shoji.". Et, plus loin : "ce qu'il a appris de Saïgo Tanomo, l'étiquette, est un élément qu'il a introduit dans le Daïto-ryu. Ce sont des connaissances importantes et qui font de Saïgo Tanomo un personnage marquant du Daïto-ryu, mais son enseignement n'était en aucun cas lié à l'aspect technique.".
Takeda Sokaku, le petit-fils de Soemon, enfant de la guerre au caractère curieux, à l’esprit aventureux, intempestif, exubérant, joueur et téméraire, au corps petit mais agile, acrobate et rapide (on le dit « capable de sauter 11 pieds en un seul souffle », c’est-à-dire pour un petit bonhomme de 1m51 de haut et 52 kg, de sauter près de 3m60 dans l’instant et dans n’importe quelle direction !), gaucher à tendance ambidextre de surcroît (d’où son aise pour l’escrime à deux mains aussi), fanfaron petit bonhomme à ses heures de gloires infantiles, avait une aversion patente pour l’injustice, et, malgré des talents certains pour l’érudition verbale et le théâtre de la vie, une répugnance non moins profonde pour… l’écriture.
Celui que les villageois appelèrent dans sa prime jeunesse « le vilain petit singe » demeura donc passablement illettré toute sa vie malgré ses nombreuses qualités. Son père essaya pourtant de le mener à la prêtrise Shinto dans sa jeunesse, suite à la mort du frère de Sokaku, qui avait été lui-même prêtre Shinto, mais l’enfant n’y parvint pas à cause de sa carence envers les lettres, et la calligraphie… qu’il détestait. Ce qui apparemment le découragea.
Par contre, élevé à bonne enseigne auprès de son père, il fut très tôt un lutteur de sumo surdoué, au point de gagner dans son adolescence des prix sonnants et trébuchants contre des lutteurs pourtant renommés et même professionnels dans les divers festivals saisonniers ou exceptionnels des terres d’Aizu (ce clan était d’ailleurs renommé dans tout le Japon pour son sumo, et pour son art de la lance et du javelot). En fait Sokaku le turbulent, qui ridiculisait trop souvent les meilleurs lutteurs, était surdoué en Sumo… au point d’avoir été finalement interdit de championnat par son propre père. Exaspéré, celui-ci finalement le dirigea vers l’art du bâton et de l’escrime. À cette fin, Sokaku reçoit de son père, lassé de pouvoir l’assagir, l’autorisation d’aller étudier le Jiki-Shin-Kage Ryu auprès du très célèbre maître Sakakibara Kenkichi à Tokyo*, dont la technique principale résidait dans la maîtrise du Jodan (garde haute en escrime, peu usité à l’époque. Sokaku s’attela à la tache au point de recevoir plus tard le Menkyo-Kaiden de cette école).
"Shobu" : la mise à l'épreuve !
(Ici Denis Thomas et Marc Moulis)
Mais revenons en arrière : nous étions encore qu’en 1873, Sokaku avait : 13 ans !
* L’expression « dojo de l’enfer » date en fait de cette époque et qualifiait en ce temps le dojo d’escrime sans concession de Sakakibara Kenkichi. Elle fut reprise plus tardivement pour désigner le dojo Kobukan de Morihei Ueshiba, chose que peu d’aïkido-ka savent aujourd’hui.
Sokaku Takeda fut également l’élève de Toma Shibuya, un prestigieux maître de l’école traditionnelle Aizu : le « Ono Ha Itto Ryu » ; puis élève et protégé du non moins célèbre maître Shunzo Masano Monoï de l’école Kyoshin Meichi Ryu (ville de Sakaï à Osaka).
Devenu rapidement un bretteur exceptionnel, Sokaku Takeda se consacra donc tout d’abord à l’enseignement du sabre. Cet enseignement était devenu anachronique pourtant, du fait de la révolution sociale qui se jouait dans le Japon de Meiji (à partir de 1868). Nous étions en effet en plein essor de cette époque Meiji et donc dans la mise en place autoritaire de la suppression de la raison sociale et économique des guerriers, et même la suppression définitive des quatre « classes » de la société féodale d’autrefois : « Samouraïs – Artisans – Paysans - commerçants », système qui avait construit l’équilibre étatique du Japon des Tokugawa et les bases de sa loi martiale de façon pérenne et autonome pendant plusieurs siècles.
Au début au 20ième siècle, c’est ce même maître Takeda Sokaku, surnommé aussi Aïzu-no-Kotengu (« le petit démon d'Aïzu »), devenu ce redoutable bretteur dans plusieurs styles d’escrime, et plus tard possesseur des anciens secrets des Minamoto (les Genji / Minamoto / Kaï / Takeda / Aizu / Saïgo), qui se mit à parcourir le Japon pour un « pèlerinage martial ».
Il allait ainsi de dojo célèbres en dojos célèbres, à travers les régions, afin de demander un combat contre le maître principal local, ou de proposer un défi à l’école (très sérieux dans sa recherche, il alla même jusqu’à l’île d’Okinawa afin de jauger les capacités des fameux combattants de « la main chinoise » (le « kara-te », dénommé plus tard : « art de la main vide », arts qu’il jugea inférieurs aux arts du sabre et de la lance).
En général il fallait alors qu’il puisse auparavant combattre les meilleurs élèves du maître avant d’espérer atteindre celui-ci. Et l’issue n’était pas toujours certaines. Mais lorsqu’il avait fait ses preuves, il était généralement autorisé à enseigner son savoir pendant quelque temps dans le dojo visité, recevait à manger et le couché, et parfois à son départ le maître lui offrait un petit pécule pour pouvoir poursuivre sa recherche, et au mieux une lettre d’introduction du maître en place pour le maître d’un autre dojo de sa connaissance, dans une autre localité, parfois à l’autre bout du Japon.
Nombreux furent alors les « pèlerins » de ce genre à finir leur vie brusquement, après leur entrée dans un dojo, sans qu’on ne sache plus jamais rien d’eux. En effet ces quêteurs de vérité étaient sans domiciles fixes, souvent anonymes, nullement répertoriés, et, de toute façon, personne ne savait bien ce qui se passait dans les dojos de ce temps-là, et encore moins dans leurs arrières cours.
Mais Sokaku Takeda survécut, gagna pratiquement tous ses défis, parcourut ainsi pratiquement tout le Japon en large et en travers, et, dans ses voyages il se permit même plusieurs exploits contre des bandes armées, ou des groupes de bandits, racontés dûment par les chroniques. Parfois il échappa à la mort de justesse, d’un coup de génie ou par chance, preuve s’il en est que personne n’est invulnérable :
Ainsi, il y eut l’incident de Inawashiro (ville de sa famille maternelle Kurokoshi, dans la préfecture de Fukushima), ou il mit à bas en en pleine nuit plusieurs hommes armés en embuscade sur un pont qui l’attaquent par surprise (et par erreur de personne de surcroît). Il esquive dans l’obscurité, se bat, « coupe quelques jambes », avant de finalement sauter dans la rivière pour pouvoir s’enfuir.
Puis il y eut l’incident de la passe de Aizubange et Yanaizu ou il libère la route escarpée de la montagne de la présence de trois bandits rançonneurs : il passe ainsi par le chemin de montagne, seul, rencontre les trois bandits qui lui ont tendu un piège, et les défait grâce à ses techniques de corps à corps et à l’emploi d’un lourd éventail de fer, arme, on s’en doute, redoutable dans ses mains expertes. Il laissera les bandits pour morts, poussant leurs corps agonisants dans le val. Mais les villageois en retrouvèrent deux jours plus tard deux au fond du ravin, en piteux états, mais encore vivants, le troisième étant mort. Les villageois sont débarrassés des bandits et sont en liesse : ils cuisent du riz fumé et des haricots rouges et font la fête.
Ensuite, il y a l’épisode célèbre de l’incident de la route en construction entre Tokyo et Sendaï (à 300 km au nord de la capitale), où Sokaku Takeda se retrouve aux prises avec 50 travailleurs du chantier de la route, travailleurs pratiquants aussi le banditisme organisé à leurs heures perdues. Il défait ses nombreux adversaires armés de sabres et de lances, en tue une dizaine dans la rixe, et est lui-même blessé plus de trente fois. Secouru in extremis par les forces de police, il est mis en examen (il portait alors une canne épée interdite par la loi) et est innocenté après un mois d’enquête et… il faut le dire : de détention. C’est d’ailleurs cet événement qui signe sa notoriété de combattant et qui lui permettra d’enseigner après sa disculpation et sur leurs demandes aux divers corps de fonctionnaires : polices, juges et procureurs publics, ou même aux officiels de l’époque, rehaussant ainsi grandement son carnet d’adresses.
Il y eut les incidents de Fukushima, où les autorités retrouvèrent plusieurs hors-la-loi ou bandits morts dans les environs du périmètre d’activité de Sokaku. On pensa alors que ce ne pouvait être que l’œuvre de Sokakuk Takeda, sans jamais savoir avec certitude ce qu’il en était vraiment, et sans pouvoir réunir aucune preuve contre ce dernier.
Enfin il y eut l’incident d’Hakodate, à Hokaïdo. Cette région la plus au nord du Japon, Hokaïdo, qui était à l’époque très sauvage, puisque c’était une région de « pionniers », qui commençait à se coloniser peu à peu, cela avec l’anarchie qu’on imagine. Et c’est là, dans cette ambiance de véritable « Far-West japonais », que Sokaku fut officiellement nommé garde du corps du tribunal de Hakodate, et plus particulièrement du procureur public Shigemori Fujita, qui l’avait mandé là pour ce poste.
Sokaku eut des démêlés alors avec « le groupe de Mo » (du nom de leur chef : Tsunekichi Morita) qui s’attaquait directement aux activités juridiques de ce tribunal. Attaqué lors de sa sortie des bains publics par 5 ou 6 bandits de la bande de Mo, Sokaku les blesse alors gravement ou les met en fuite grâce à sa serviette mouillée qu’il utilise comme un fouet. Plus tard, alors que le groupe de Mo a rassemblé plus de 200 sbires pour se défaire de Sokaku sans autre forme de procès, ce dernier brave les conseils qui lui recommandent de fuir la région, et répond aux inquiets : «… Sachez qu’au soir, je ferai une descente dans leur repaire, et j’éparpillerai le sol avec leurs cadavres ». Chose dite chose engagée, il se rend ouvertement, le soir, armé de son sabre, à la maison de Morita. Mais à l’entrée il est reconnu par un des gardes personnel du malfrat qui l’interpelle. Ce garde était un ancien sergent de police reconverti dans la sécurité des Mo, qui du coup l’introduit directement auprès du chef de la bande. Le différent est exposé clairement devant le chef et celui-ci reconnaît « l’erreur » des cinq agresseurs de Sokaku à la sortie de l’établissement de bains. Sokaku repart serein. Mais le trouble et le désir de vengeance contre le garde du corps du tribunal règnent toujours chez les hommes de Morita.
C’est finalement l’intervention et la négociation du directeur du département de la police de Hakodate auprès de Morita qui permet l’arrêt des activités illicites du groupe Mo contre le tribunal et ses employés, mais à condition que le terrible Sokaku Takeda quitte définitivement Hokaïdo, raison de son départ de la région : nous sommes en 1904 et sa « mission » de rétablissement de l’ordre est ainsi accomplie.
Sokaku Takeda, après toutes ses aventures épiques, se mit alors à enseigner, et transmit finalement ses secrets, entre autres nombreux élèves, à… Morihei Ueshiba.
Il faut dire ici que Sokaku avait bien été chargé par son maître de Daito-Ryu (oshiki-uchi devenu Aïki-Jujutsu) : Saigo Chikasama Tanamo*, de divulguer son art au monde extérieur (donc en dehors du cercle très fermé des membres choisis du clan Saïgo-Aizu). Et c’est par cette formule poétique qui montrait bien qu’il n’était plus temps d’enseigner l’épée ou de lutter contre vent et marées pour retourner au temps des Bushi (guerriers) ou au temps des samouraïs que son Maître lui exprima ce souhait : « Battre l’eau qui coule ne laisse aucune marque sur l’eau ».
* Saigo Chikasama Tanamo (1829-1905), grand lettré, avait été l’un des ministres du clan Aizu à sa grande époque au château Aizu de Shirakawa (titre de "KARO"). Rare rescapé de l’anéantissement du clan Aizu avec Soemon, grand-père de Sokaku, il devint un éminent prêtre shinto, seule voie respectable de salut pour les opposants à l’Empereur déchus par la défaite, mis à part bien entendu le suicide rituel. Il est aussi connu sous son nom de supérieur Shintô qu’il devint donc au temple Tsutsukowake (Fukushima) : Hoshino Chikanori.
Sokaku ne s’employa donc non pas à lutter contre le vent ou à « battre l’eau » de son époque, mais s’employa à se laisser porter par les évènements modernisateurs de l’ère Meiji. Il se mit donc à enseigner ce qui auparavant ne s’enseignait pas : l’Aïki Jujutsu des Saïgo, et cela avec zèle et persévérance.
Cependant Sokaku n’enseigna jamais dans un dojo qui lui eut été propre. C’est en continuant de parcourir le Japon de long en large, comme nous l’avons vu, qu’il enseigna le Daito-Ryu. On peut lire encore aujourd’hui grâce à la liste des élèves qui suivaient son enseignement, sur ses registres personnels (20 volumes de ses « Eimei-Ryoku », qu’il faisait tenir avec une méticulosité de notaire), que son influence fut grande jusque dans les milieux très influents du Japon de son temps (débuts donc du 20ième siècle). On peut d’ailleurs savoir exactement grâce à ces mêmes registres ce qu’il a enseigné et à qui, et combien de temps, pour quelles sommes d’argent, ou jusqu’à quel niveau, puisqu’il faisait noter tout cela très scrupuleusement. Car l’homme Sokaku n’enseignait pas apparemment tout ce qu’il savait à tout le monde mais seulement ce qui correspondait d’après lui à l’élève concerné, son temps d’apprentissage, ses capacités diverses, sa morphologie, sa position sociale, ou même : l’état de son porte-monnaie. Sans juger ici de la justesse historique de ce qui se passa ou non dans la volonté d'enseignement de Takeda Sokaku Senseï, on peut voir que Kondo Sensei à Tokyo est d'un avis plus fin en la matière, ce qui ramène effectivement cette historicité dans d'un cadre plus large : Extrait de son interview avec Léo Tamaki :
"Dans tel ou tel livre on peut lire que Takeda Sokaku était un bon maître et qu'il enseignait à chaque individu en fonction de sa morphologie, que les techniques étaient adaptées à chacun. Mais Takeda Sokaku n'avait pas ce type de gentillesse. Il ne faisait pas de choses de ce genre. "Essayez de voler ma technique si vous le pouvez!" C'était sa seule façon d'enseigner. Les gens qui venaient étudier avaient tous des niveaux différents. Ce qu'ils pouvaient voir était différent. C'est pourquoi les techniques sont aujourd'hui si différentes. C'est là la réalité. Ce n'est pas que Takeda senseï enseignait des choses différentes mais que les gens ne voyaient pas la même chose en fonction de leur propre niveau. C'est une chose très importante."
Malgré son assiduité et son génie, on s’aperçoit alors que Morihei Ueshiba, bien qu’il se soit donné beaucoup de peine et d’entrain, et se soit profondément investi dans cette étude (jusqu’à aller construire un dojo et une habitation sommaires pour Sokaku (en Hokaïdo et en 1916), et ait dépensé beaucoup d’argent pour suivre cet enseignement dans sa jeunesse (surtout entre 1915 et 1919 ; et ensuite jusqu’en 1937), n’a pas étudié sur des périodes continues et surtout très longues avec le Maître Sokaku Takeda (de nombreuse fois les registres font état de dix jours de stages intensifs d’affilée : 1915, 1916, 1922, 1931.
Mais l’on sait également que Ueshiba suivit beaucoup son Maître dans la région de Hokaïdo, ou ensuite lors des pérégrinations de celui-ci, et en tant qu’assistant.
On sait aussi que Sokaku enseigna principalement à Morihei surtout certains types de techniques de Daito-Ryu, apparemment à cause de la configuration physique de Ueshiba qui était un petit homme et à cette époque peu puissant.
Pourtant, Takeda Sokaku eut une profonde estime envers lui et pensait que Morihei Ueshiba avait un avenir très prometteur dans cette discipline (la relation s’est brouillée par la suite, vraisemblablement pour une histoire… de femme (« Ah, Xanthippe ! » s’écriait déjà Socrates). Morihei n’ayant pas eu apparemment dans l’historiette le beau rôle. Mais : chutttt !).
D’ailleurs, au dire des quelques experts de Daito-Ryu qui ont approché ou étudiés avec Morihei Ueshiba, et qui sont encore en vie aujourd’hui, celui-ci excellait dans cet art du Daito-Ryu de façon absolument prodigieuse. Kondo Sensei à Tokyo va même jusqu'à afirmer que Ueshiba Morihei n'a pas obtenu de Menkyo Kaiden car à l'époque ce titre n'existait pas encore, mais que, comme il avait obtenu le titre de "kaishaku soden", tout à fait équivalent au Menkyo-Kaiden créé par la suite (voir l'article complet de Léo Tamaki à ce propos : ICI)). Extrait :
"Kondo Katsuyuki : Il faut aussi préciser une autre chose concernant Ueshiba senseï. Effectivement il n'a pas, contrairement à Hisa senseï, reçu de menkyo kaïden. Mais c'est simplement selon moi parce qu'à l'époque de Moriheï senseï les menkyo kaïden n'existaient pas en Daïto-ryu. En Daïto-ryu nous avons ce qu'on appelle les kaishaku soden. Kaishaku signifie la compréhension. Cela signifie que vous avez compris l'enseignement. Le kaishaku soden est un diplôme qui certifie non seulement la transmission de l'intégralité des techniques, mais aussi leur compréhension, c'est-à-dire le savoir-faire. Et Ueshiba a reçu un tel diplôme de Takeda Sokaku. C'était le plus haut niveau de l'école, l'équivalent du menkyo kaïden. C'est mon opinion."
Morihei Ueshiba commença par enseigner de fait le « Daito-Ryu-Aïki-Jujutsu », et sous cette dénomination d’ailleurs. Jusqu'à ce que Takeda Sokaku le lui interdise puisque Morihei n’avait pas reçu de licence appropriée (pas de Menkyo-Kaïden (« Brevet de transmission complète »). C’était en 1922 et Sokaku ne lui avait attribué qu’un diplôme de Dairi-Kyoju (c’est-à-dire littéralement de : « Professeur par procuration »). Pourtant, les photos anciennes d’avant-guerre de Morihei Ueshiba à ce sujet ne laissent absolument aucun doute possible quand à cette racine technique : encore absolument intacte et unique sur ces documents. Sauf en ce qui concerne l’art du sabre ou celui du bâton, où les racines seront cette fois, mises à part les influences diverses de Ryu (écoles) qu’on peut parfois deviner, souvent très personnelles au fondateur.
Morihei Ueshiba attribua même sans en avoir l’autorisation des diplômes de Daito-Ryu-Jujutsu à quatre au moins de ses élèves d’alors : Kenji Tomiki, Minoru Mochizuki, Rinjiro Shirata, et Gozo Shioda.
Pourtant, devant l’embarras de ne pouvoir utiliser officiellement la dénomination de Daito-Ryu, il baptisa au fil des années l’art qu’il enseignait sous différentes autres appellations : « Ueshiba-Juku », puis « Ueshiba-Ryu-Jujutsu » (jusqu'en 1924), « Ueshiba-Ryu » (à partir de 1925-1926), « Aïki-Budo » (après 1926), mais également : « Asahi-Ryu Jujutsu », « Kobu-Budo », ou encore : « Aïki-No-Michi » ! (« Michi » : la voie, qui a le même caractère et le même sens que « Do » ; et : « no » : particule grammaticale du génitif japonais = « de… »).
Mais là encore, il y eut d’autres évolutions modernes de l’art de Takeda Sokaku que celle de l’aïkido de Ueshiba. Telles que :
1) Le Nihon Daito-ryu Aikibudo Daitokai qui est représenté par des anciens élèves directs de feu le deuxième fils de Takeda Sokaku : Takeda Tokimune (1915-1992), à qui nous devons d’ailleurs une très grande partie ces chroniques de la vie de son père ;
2) Le Takuma-Kaï (association culturelle) : formé par les élèves de Takuma Hisa (photo ci-contre, 1896-1980, ancien lutteur de Sumo), le seul disciple à part entière, reconnu par Takeda Sokaku comme tel, parce que sanctionné par l’attribution d’un « Menkyo-Kaïden » (« certificat de transmission complète », en 1939, plus haute distinction dans l’ancien système des arts martiaux japonais, certifiant une transmission intégrale de l’art, et donc l’émancipation acceptée de l’élève par son maître). C’est aussi Takuma Hisa qui eut la présence d’esprit et la possibilité de constituer une véritable bibliothèque photographique des techniques de Sokaku, ce qui fait depuis référence pour cette organisation qui les conserve précieusement, en tant que techniques de : « Soden* » (11 livres de photographies, absolument stupéfiantes) ;
* La partie SODEN de l’art fut créée par Takuma Hisa du Takuma-Kaï à partir des techniques de Takeda Sokaku qu’il avait réussi à photographier alors que celui-ci enseignait au journal Asahi d’Osaka (entre 1933 et 1939). L’histoire raconte que Takuma invitait Sokaku après le cours à prendre un bon bain chaud, et, tandis qu’on frottait le dos du maître, sur le tapis et dans le dojo, les élèves s’empressaient de prendre des photos des techniques avec le matériel du journal, techniques que celui-ci venait de montrer précédemment. C’est sur ce bon tour que se compilèrent onze volumes de photographie (exceptionnel pour l’époque) des techniques de Daito-Ryu Aïki-Jujutsu. Ce trésor fut d’ailleurs publié au Japon (Une partie de ces techniques tout du moins, celles des livres dix et onze parurent dans un magazine de budô publié avant-guerre et qui s’appelait : « Shin Budô » (Le Nouveau Budo), introuvable actuellement bien entendu. Certaines photos furent publiées également et en partie par Aiki News, en 1990 je crois. Les originaux sont conservés au siège de la Takuma-Kaï). Il s’agissait de onze manuels tous illustrés qui furent nommés dans leur ensemble : les « Soden Waza ». Les six premiers tomes un à six contiennent des techniques apprises de l’enseignement de Morihei Ueshiba. Les livres de sept à neuf contiennent les techniques apprises de Takeda Sokaku au dojo du journal Asahi (fixées pendant qu’il macérait dans ses bains fumants). Le livre dix est composé avec des techniques d'arrestation secrètes de la police. Et le livre onze est un rassemblement sur les techniques de self – défense féminine. Un total de 547 techniques apparaissent ainsi dans le Soden, mais, selon Hakaru Mori, chair-man de la Takuma-Kaï, il y a des centaines d'autres techniques existantes qui ne sont pas comptabilisés dans ces livres et qui font partie de SODEN. Et ce n’est pas tout, car Takuma Hisa fit publier d’autres ouvrages : « Kannagara no Budo » (l’art martial des divinités), « Joshi Goshinjutsu » (Self défense pour les femmes), sans oublier : « Ôgi Hiden » (Les secrets des techniques au corps à corps). Il réalisa lui-même également un film sur Morihei Ueshiba, dont le titre était : « Ueshiba no Shidofukei » (« Les techniques d’instruction d’Ueshiba »).
3) La branche de Kodo Horikawa (1894-1980). Ses étudiants formèrent, eux, l'organisation appelée : Kodokai (cette même branche se sépara en 2 courants : le Dayto ryu Roppokai (par Seigo Okamoto (1925-) et le BukuyokaN (par Katsumi Yonezawa (1937-1999)) ;
4) La branche de Yukiyoshi Sagawa (1902-1998) qui enseignait dans son dojo personnel à Kodaira City près de Tokyo. Personnage étonnant qui commença enfant le Daito-Ryu avec Sokaku, et fut destiné en milieu de siècle pour devenir le successeur de Sokaku Takeda si son fils Tokimune mourait à la guerre (guerre du Pacifique) ;
5) L’Hapkido coréen de maître Yon-Sool-Choi (photo ci-contre) ;
6) Le Hakko-ryu de Yoshiji Okuyama, élève direct de Matsuda Hosaku (lui-même disciple de Sokaku Takeda, expert en calligraphie autrefois en charge de rédaction de ses mokuroku (certificats et diplômes) de Daito Ryu, ou de son secrétariat personnel) ;
7) Et le Shorenji-Kempo de Nakano Michiomi, qui se fit appeler aussi en version chinoise : « So Doshin ». Nakano Michiomi qui fut l’élève du précédent maître Okuyama de l’Hakko-Ryu pour ce qui concerne le Daito-Ryu, et des maîtres de Kempo du temple Shaolin en Chine (étonnant retour de l’Histoire sur elle-même, pour le moins et vous l’avouerez !).
NAISSANCE DE L’AÏKIDO
Mais revenons à l’aïkido :
Morihei Ueshiba, après avoir intégré le savoir du Daito-Ryu auprès de son maître Takeda Sokaku, usa de syncrétisme à son tour pour faire évoluer ce : « Ki no awasekata ». Ce qui, en japonais, nous l’avons vu : exprime la façon de lier en synergie des « Ki » différents ensemble : c’est-à-dire lier des faisceaux de forces, d’énergie ou de directions apparemment contradictoires en un propos univoque de passage (interne au corps ; ou dynamique : externe à celui-ci), qu’on peut cette fois utiliser plus aisément… pour telle ou telle finalité.
Cette synthèse fut poursuivie et accentuée par les successeurs de Morihei Ueshiba qui s’évertuèrent, eux, à rendre compréhensible et révélateur cette pratique encore opaque, difficile, et parfois dangereuse (divulgation à tendance élitiste et très technique, destructrice de surcroît, du Daito-Ryu).
Cependant tous ces détails historiques ne sont pas aisés à découvrir. Il faut dire ici que les sources ou preuves de ces temps anciens sont confuses, perdues, souvent détruites lors des conflits. Je crois qu’on peut se permettre de dire aujourd’hui également que nombre de ces preuves ou détails ont été délibérément, pour X raisons, éliminées, ou « omis » par nombre des instructeurs qui prirent la suite dans cette chaîne du savoir. Souvent même la succession des enseignants a fonctionné comme un « téléphone arabe », déformant complètement en fin de chaîne le message originel, la technique originelle, l’inversant même souvent par rapport à ce qu’était la technique originale.
L’enseignement du fondateur Ueshiba Morihei était particulier, pratiquement transcendantal, peu adapté en fait aux jeunes élèves qu’il eut. Un élève d’après-guerre du fondateur et prestigieux développeur de l’aïkido en France, Tamura Senseï, décédé en ce présent mois de Juillet, et à la famille de qui je présente ici mes condoléances, évoqua d’ailleurs cette problématique des premiers temps de l’enseignement de l’aïkido en disant : « Nous recevions un enseignement extraordinaire mais nous étions aveugles. Et nous avons fait supporter le poids de notre ignorance à nos élèves ! » (« Interview de Tamura Nobuyoshi, l’aigle de l’Aïkido », Tsubaki-Journal, jeudi 27 septembre 2007). Mea culpa officiel et surtout très courageux donc, respect ici envers Tamura Senseï, mais un Mea culpa qui ne put plus bien désormais régler le problème de la déperdition de l’art ou son retour. Il faudra donc aussi chercher des confirmations ailleurs, les compléments, les pièces du puzzle de l’Aïki… Et quel puzzle !
Le fondateur fut influencé ainsi dans sa jeunesse par ses différents apprentissages, et de façon très intime. « J’ai d’abord appris, nous dit-il, le Tenshinyo-ryu Jujitsu de Tozawa Tokusaburo Senseï, puis les styles Kito-ryu, Yagyu-Ryu, Aioi-ryu, Shinkage-ryu, tous sont des formes de Jujitsu. Cependant, j’ai pensé qu’il y aurait peut être une vrai forme de Budo quelque part. J’ai essayé le Hozoin-ryu Sojitsu et le Kendo » (Interview avec le fondateur, Tokyo, Kowado, 1957).



Minataka Kumagusu
Mais il y eut également ses relations « intellectuelles » avec le monde et l’histoire de son époque, comme nous l'avons vu : avec le polymathe Kumagusu Minataka (1867-1941. Photos ci-dessus) par exemple, qui est considéré aujourd’hui comme le père du mouvement écologiste japonais ; avec le pouvoir japonais d’alors.
Il y eut aussi et surtout cette relation qu’il entretint de façon profonde et intime avec le groupe religieux japonais Shintô à tendance pacifiste : Omoto (branche Shintô, dite de : « l’enseignement de la grande origine »), dirigée par Oni Saburo (photo ci-contre), et la belle-mère de ce dernier : Nao Deguchi. L’enseignement de cette secte ainsi que la personnalité de ses dirigeants le marquèrent très profondément. Le fondateur eut ainsi l’occasion de participer à une étrange expédition avecDeguchi Oni Saburo en Mandchourie, en pleine guerre sino-japonaise, à la recherche du « Shangri-la idéal » : le royaume ancien (ou à recréer), celui des « méta-mondes » mythique de la paix universelle.
Morihei Ueshiba (né Moritake) prendra même pour cette aventure en terre de Chine qui se termina plutôt mal un nom chinois : Wang Shou Kao. Et l’on pense qu’il eut pu trouver à cette occasion le temps ou l’opportunité de nouer des contacts avec quelques grands maîtres d’arts martiaux chinois, entre autre de Pa-koua Chang (ou : « Baguazhang »). Des sources chinoises (HKCMAAL : Hong Kong Chinese Martial Arts Association) citent en ce point les maîtres Yen Dehua et Gao Yisheng. Or le Pa-Koua a la particularité d’être un art martial chinois très complet, qui daterait du 18ième siècle. Il comprend des techniques de combat, et possède une philosophie naturaliste sourcée autour du recentrage personnel, des techniques de méditation et de chamanisme (tout cela étant très proche donc des pôles d’intérêt du fondateur de l’aïkido). Les mouvements de Pa-koua sont souvent basés sur des principes rotatifs ou spiralés. Il est loisible donc de supposer ici qu’un croisement technique (pratique, réflexif, ou théorique, on ne le saura sans doute jamais), fut effectué ici par le fondateur de l’aïkido (juste retour à l’Histoire finalement en ce point et à nouveau). On peut également le penser puisque ses formes de travail après son voyage en Mongolie rappelèrent étonnamment ces façons de déplacements ou de contrôle en Baguazhang, ceci en support rajouté aux techniques du Daito-Ryu (du moins c’est ce qu’en rapportèrent ceux qui l’ont connu à cette époque de sa vie).
Voilà pour « l’avant 1942 ». Et ce ne sont vraiment ici que quelques très grandes lignes historiques, très résumées et donc à peine esquissées bien évidemment.
Pour la biographie officielle de Morihei Ueshiba, les sources, toujours plus ou moins semblables, sont légions. Nous vous renvoyons donc à la flèche du temps qui sera bientôt mise en ligne avec cet article.
AÏKI-JUJUTSU OU AÏKIDO ?
Mais plutôt : comment passa-t-on de l’idée de Aïki-Jujutsu du Daito-Ryu de Takeda Sokaku, très technique et encore très emprunte du vieux temps guerrier et culturel des samouraïs, à l’idée d’aïkido, un art éducatif de la « paix », et ce : « BU-DÔ d’amour sans rivalité » ?
L’idée fut avant-gardiste et très déterminée à la fois. Mais tout d’abord, pour essayer de comprendre tout cela, et avant d’essayer de saisir une sorte de photographie de la philosophie interne de l’aïkido, sujet qui sera traité dans le chapitre dédié de cet ouvrage, il est peut-être temps de se demander : « qu’était et qu’est-ce donc que le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu par rapport à ce que l’on connaît aujourd’hui de l’Aïkido ? ».
Nous resterons cependant prudents dans nos propos, dans la mesure où le terme lui-même de « Aïki-Jujutsu » est devenu aujourd’hui dans le monde de l’aïkido un terme un peu tabou, qui fait souvent froncer méchamment les sourcils des plus grands de ce micro-monde (l’inverse est vrai également car les Senseï d’Aïki-Jujutsu clabaudent l’Aïkido, ou le séparent clairement de leur propre pratique d’un air plutôt dénigrant). Que tous ceux qui se veulent plus sectaires que je ne le suis me pardonnent donc, d’un côté comme de l’autre, de braver ici, à titre d’information et de recherche, cet interdit « de convention ».
le Daito-Ryu Aïki-jujutsu
À l’observation première, le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu paraît évident à regarder. Il ne présente d’ailleurs pas beaucoup de différences extérieures par rapport à l’Aïkido, sinon que le pratiquant Aïki-Jujutsu bouge moins et paraît beaucoup moins esthétique. Toujours à première vue, cet art n’apparaît pas non plus spectaculaire ou « démonstrativement efficace ». Les « gros bras » d’ailleurs ne sont pas forcément légion comme chez les maîtres d’aïkido (si Takeda Sokaku avait d’ailleurs et paraît-il, des bras « durs comme la racine d’un arbre » (escrime japonaise, de surcroît ambidextre pour Sokaku, oblige), il mesurait cependant… un mètre cinquante de haut, nous l’avons vu, et, bien qu’hypertonique, n’était pas spécialement musclé au sens culturiste du terme). De même, aujourd’hui, l’Aïki-Jujutsu féminin est largement développé par rapport à celui, quasiment inexistant, de l’aïkido (proportionnellement au nombre de pratiquants s’entend ; et je ne parle pas non plus ici d’un Aïkido masculin pratiqué par des femmes de 40 kg, ce qui est une aberration sans nom et un non-sens technique).
Pas très démonstratif donc le descendant de l’Oshiki-Uchi : s’il se soucie de l’attitude juste et du détail juste, s’il se soucie du Shisei (attitude corporelle) ou des angles de travail, il ne se soucie guère d’élégance apparente. L’aïki-jujutsu est même dénué du côté « sensationnel », « imparablement superbe », ou « esthétiquement convainquant », charmeur ("Miryoku ga aru"), de l’aïkido d’aujourd’hui (encore une piste ici…). Preuve, s’il en est, son adage favori : « Un mouvement s’exécute sur la surface d’un seul tatami et dans le temps idéal d’une seule seconde » (« AÏKIWAZA WA ICHI-JO, ICHI-BYO »).
Bien qu’en fait très fin dans ses points d’exécution, le Daito-Ryu apparaît au contraire comme « désuet », presque maladroit à l’approche visuelle.

Mouvement de Daito-ryu sur saisie arrière
des deux épaules (Satô Sensei)
Par contre, à vouloir l’exécuter, c’est une autre affaire : une affaire qui ne s’improvise pas, même pour des pratiquants d’aïkido confirmés. Quand à le subir : on reste souvent pantois devant tant d’à propos, sans toutefois bien comprendre ce qui se joue au sein des mouvements, tant leurs détails restent pour la plupart du temps indécelables au profane, même à les subir, et même à vouloir les deviner ou les réinventer.
Cet art originel sans complaisance, sobre et utilitaire (je parle ici toujours du Daito-Ryu Aïki-Jujutsu de Takeda Sokaku), consiste à contrôler à partir de quelque attaque que ce soit, étape par étape et point par point, chaque potentialité, positionnement ou dynamique physiologique de faiblesse d’un adversaire afin de les « ouvrir », ou de les « pénétrer », et d’immobiliser ou d’empêcher ses possibilités offensives fortes ou ses degrés de liberté le permettant.
Pour cela sont utilisés des contacts « collants, dissipateurs, enlaçant, ou pénétrants » aux niveaux articulaires (faces internes des articulations), corporels, ou dynamiques, permettant à la fois des liaisons de contrôles très fines, et par nature incapacitantes tout au long d’un mouvement.
On dit ainsi en Daito-Ryu : « Toucher son adversaire, c’est le vaincre ». De la sorte et dans la nomenclature du Daito-Ryu, il existe des centaines et des centaines de mouvements différents correspondants tous et de façon unique à des attaques elles aussi dûment répertoriées, ou à des cas de figures naturelles de lutte (cas de figures anatomiques), voir même correspondantes à la morphologie particulière d’un adversaire.
De nombreux mouvements furent abandonnés de long de son histoire lors des défaites des clans utilisateurs, et ce jusqu’en 1868. Mais encore aujourd’hui on compte des milliers de mouvements (seulement à mains nues, et autant sur d’autres spécialités, dont les armes : lances, sabre long et court, couteau, éventail de guerre, armes de jet, techniques de capture policières et de maintien de l’ordre, ligotage de prisonniers, défense en lieu clos, combat à une main, combat avec armure). Ces mouvements de l’enseignement de Takeda Sokaku sont classifiés par groupes thématiques, et sont parfois différents si les attaques viennent de droite ou si elles viennent de gauche, leurs formes effectuées debout ou à genoux, ou adaptées aux possibilités combinatoires de ces attaques (attaques tirées ou poussées, immobilisantes, par exemple, ou simples ou composées, armées ou non, etc.).
Si l’on réfléchit, cela signifie qu’il faudrait au moins 18 ans sans répit pour étudier les seules 2884 techniques répertoriées à mains nues, dit-on (en passant : que l’on me cite les noms de ces 2884 techniques et j’en serais très heureux…), à raison de trois techniques différentes apprises par semaine, régulièrement, et avec la plus grande célérité. Bon courage (!).
Mais vous avez encore le choix. Car si ces écoles restent fidèles à l’enseignement de Takeda Sokaku, l’école Takuma-kaï par exemple n’inclut pas pour autant et forcément les anciennes techniques en armures, ou plus généralement celle des armes (sauf de façon très confidentielle et sélective).
À partir de l’enseignement de Takeda Sokaku, chaque école s’est donc plus ou moins spécialisée sur tel ou tel versant du Daito-Ryu, ce qui a permis son sauvetage et aujourd'hui sa reconstitution la plus fidèle possible.
* Takeda Tokimune (1915-1992), qui fonda le Daito-Ryu-Aïkibudo et l’enseigna principalement dans le nord du Japon (à Abashiri, Hokaïdo). C'est à lui que l'on doit aujourd'hui le répertoire classé des techniques du Daito-Ryu sous forme "d'empilages de cubes par séries". Il s’installa à la fin de sa vie à Tokyo. À son décès, son successeur en 1992 fut Takeda Munemitsu (le frère de celui-ci), qui reprit ce flambeau dans la capitale nippone, avant « l’avènement » de Kondo Senseï sur Tokyo, qui récupéra le... « territoire ».
=> Cliquez sur le titre qui suit pour la suite de l'article : HISTOIRE DE L'AÏKIDO - Deuxième PARTIE
Tokyo, Version du 27/06/2012, « L’Histoire de l’Aïkido », par Olivier Gaurin, www.oliviergaurin.com
Notice
Les articles de ce site seront sujets à des mises à jour ou à des corrections au fil du temps et des informations disponibles et vérifiables à leurs propos. C'est la raison pour laquelle ils seront et doivent rester datés dans les versions présentées. Je précise que je présente ces articles en tant que chercheur, sans but commercial, et en copie libre. Tout un chacun peut donc en reprendre le contenu dans son entier ou en partie si ce n'est pas dans un but lucratif, à quelques conditions cependant : ne changer aucun mot de leurs contenus d'une part, et citer, même pour un extrait, les informations mentionnées ci-dessous :
D'après : « (Titre de l'article) », version du jj-mm-aaaa, par Olivier Gaurin, at : www.oliviergaurin.com
Merci de votre probité. Merci également de bien vouloir me contacter pour toute erreur présumée de ce texte. Merci à l'inverse pour toute précision qui pourrait en élargir, en étoffer, ou en préciser mieux le contenu.
Pour ce qui concerne l'iconographie de ce site et de ces articles, je m'éfforcerai de mentionner les noms des photographes ou des personnes photographiés dans la limites de mes possibilités. si vous désirez préciser ces informations sur tel ou tel document, n'hésitez pas à m'en faire part en citant le document vise, sa localization sur le site et la source de vos informations. Merci

- Philosophie de l’aïkido
- 一万年の天使 ("L'Ange des Dix mille ans")
- Le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu : Dojo Virtuel (01)
- Photos de Daito-Ryu Aïki-Jujutsu-Dojo Virtuel
- Hommage du FIPAM à Tamura Senseï
- 白い獅子 ("Le Lion Blanc")
- Histoire de l'Aïkido (Seconde Partie)
- Mes livres historiques
- Interview Olivier en 1986 au Japon
- La femme est l'avenir de l'homme
- Opération Coriolis 2005
- L'envers et l'endroit de la carte postale
- Nouvelles formes D-criture : la grande illusion D registres d'orthographe
- 3 jours à OSAKA et KYOTO
- 3 jours à OSAKA et KYOTO (Partie 3 - END)
- Seminaire Kobayashi Sensei August
- Dernier séminaire de Daito-Ryu de Chiba Tsugutaka Senseï
- Le Toast Divin "à la Toscane"
- CAKE au SAUMON sur CONFIT de POIREAUX
- Porc aux Olives
- Interview Olivier Gaurin
- Akemi et l'ours qui parlait
- La Choucroute revisitée !
- Escapade à Kyoto
- L'Association HAKKI - Plaquette -
- Lard fumé à la... Stroganoff
- Le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu : Dojo Virtuel (02)
- La branche de pin
- Où, le véritable Aïkido ?
- Puissance et Temps
- Liste des instructeurs de l'Aïkikaï (2011)
- Projet de Sculpture "Circus" (Ext. Urbain)
- Le Hibou porte bonheur
- Projet de sculpture automobile
- L'Arlequin !
- Camion Discothèque (!)
- Obidome Story...
- "Impossible" n'est pas français !
- L' "Impossible..." (Dossier de PRESSE (suite)
- l'Aïkijujutsu et la fondation de l'Aïkido
- Fondation Aïkido et Aïki-Jujutsu : la problématique
- Colloque "VIOLENCES ET SOCIETE" : Avril 2011
- Tokyo, ma bien aimée...
- Le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu : Dojo Virtuel (03)
- Les Grades : un problème d'état ?
- Le Daito-Ryu Aïki-Jujutsu : Dojo Virtuel (04)
- Aïkido : La Voie Royale
- Le Secret des Secrets
- L'Aïkido : Construction d'un autre rapport au monde
- Aïkido : l'expérimentation comme pédagogie ?
- Billet du fou du Roi. Le Roi, quel Roi ?
- Le coup de gueule du Captain : Les "mots" en l'Aïkido
- Balivernes ? Délire ? Le pensez-vous vraiment ?
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : D
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : I
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : N
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : P
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : V
- L'ABÉCÉDAIRE de G.DELEUZE : X et Y...Z
- "Irimi et Atemi" : le paradoxe de la voie
- Efficacité en Aïkido : LA PLUME ou L'ENCLUME
- Aïkido : Bases et Principes : "Kezako ?"
- Toucher la vie - Seitai-Ho
"... le nerf de la main,celui qui fait mal" ? ... ...
22.03.13 06:01 - Toucher la vie - Seitai-Ho
Bonjour, Je me suis inscrite sur votre site mais j...
22.03.13 03:50 - Manuel du Service en Restauran...
:lol: :lol: je fais une formation je souhaite quel...
21.03.13 07:11 - Philosophie de l’aïkido
"Aïki", "Aï-Ki", "Aï-no-ki", c'est l'énergie de la...
20.01.13 18:47 - Philosophie de l’aïkido
"... nous serions donc par cette interaction un so...
20.01.13 09:35

























